Ecole Normale Superieure De Lyon

  • L'école de la rue de la Brèche-aux-Loups, l'asile d'Armentières, les adolescents placés sous main de justice à Lille, le réseau de la Grande Cordée, les autistes des aires de séjour des Cévennes: durant plus de soixante ans, Deligny a construit un travail autour de l'enfance en marge. Un travail qui lie de manière indissociable théorie et pratique, occasions et tentatives, écriture et cinéma. Non pas tant pour aider ces enfants à rentrer dans le rang ou à s'adapter, mais pour construire avec eux des conditions d'existence différentes, en dehors ou en travers des institutions.Son chemin croise la philosophie avec insistance: parce qu'il lit les philosophes, discute leurs thèses, parfois dialogue directement avec eux; parce que les philosophes, de plus en plus, se découvrent interrogés par cet itinéraire, ces écrits, ces détours. Par une pensée à la fois de l'immuable et de la circonstance; par un regard qui s'avère - en un sens inusuel - profondément et autrement politique.

  • L'odyssée de la mer Baltique à la mer Noire vous entraîne sur un itinéraire mythique aux périphéries de l'Union européenne et de la Russie. Hauts-lieux et étapes plus méconnues vous permettront de décrypter une zone à la géopolitique aussi passionnante que mouvante. L'histoire n'est jamais très loin dans ces territoires hybrides racontés par ceux qui les ont connus intimement.Avec les contributeurs [textes et dessins]Lukas Aubin, Marie Bonnin, Vincent Dautancourt, André Filler, Sébastien Gobert, Cédric Gras, Paul Jacques, Kévin Limonier, Pascal Orcier, Nicolas Pannetier, Jean Radvyanyi, Emmanuel Ruben, Virgnie Symaniec, Pierre Thorez

  • De L'Extravagant Mr Deeds (Capra), The Philadelphia Story (Cukor), La Balade sauvage (Malick) jusqu'à Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) (Desplechin) et La Fille inconnue (Jean-Pierre et Luc Dardenne), un fil court, celui des lectures philosophiques de films de Stanley Cavell et des films qu'elles ont inspiré. Peu d'oeuvres philosophiques ont autant marqué la création cinématographique et aussi profondément marqué le champ des études cinématographiques que celle du philosophe de Harvard (né en 1926 et disparu en 2018). De son chef d'oeuvre de 1971, La Projection du monde, à ses derniers écrits sur le mélodrame, l'autobiographie et la critique (La Protestation des larmes, Le cinéma nous rend-il meilleurs?) en passant par son grand livre sur la comédie hollywoodienne (A la recherche du bonheur), cet ouvrage éclaire l'ensemble de sa pensée. Il donne aussi la parole à trois cinéastes qui l'ont connu et qui ont été inspirés par ses écrits: Luc Dardenne, Arnaud Desplechin, Claire Simon. Et se penche sur le lien que Cavell a entretenu avec Terrence Malick à Harvard dans les années 1960, lorsqu'il enseigna le premier séminaire de cinéma au sein d'un département de philosophie (vingt ans avant Deleuze), jetant les bases d'une pensée du cinéma qui prend son départ dans notre expérience aussi bien collective qu'intime des films. Cette expérience qui nous unit ou nous rapproche des autres. Et qui nous permet aussi, plongeant en nous-mêmes, de nous éduquer.

  • L'Odyssée sur l'Arc atlantique vous propose un voyage de Dublin à Saint-Jacques de Compostelle dans des lieux où tous les possibles se sont croisés. Des grandes découvertes repoussant les marges du vieux continent, aux ports pionniers des traversées transatlantiques jusqu'aux chemins parsemées de la fameuse coquille, nos géographes vous révéleront l'héritage d'une côte pleine d'innovation.Avec les contributions de [textes et dessins] Paul Arnould, Flore Avram, Mark Bailoni, Florine Baliff, Ève Barlier, Jean-René Bertrand, Philippe Cauvet, Alain Chiaradia, Laurent Devisme, Guy Di Meo,Timon Ducos, Christian Fleury, Isabelle Garat, Monika Moll, Maxime Monnier, Benoît Montabone, Sébastien Nageleisen, Loan Nguyen-Thanh-Lan, Hervé Régnault, Tiphaine Roland, Arnaud Tételin, Alix Thiebault.

  • Le genre est omniprésent dans les débats sur l'Islam et l'intégration des musulman.e.s dans les pays européens. Pourtant, dans les espaces académiques et politiques francophones, le débat sur l'islamophobie s'est longtemps focalisé sur la légitimité du concept plutôt que sur la nécessité d'en documenter la réalité. En se centrant sur les aspects genrés de l'Islamophobie, cet ouvrage contribue à l'entreprise de connaissance de la nature, des processus et des modalités de l'expression contemporaine du phénomène. À partir de la sociologie et la psychologie sociale, il analyse les processus par lesquels le principe d'égalité des sexes, érigé comme norme occidentale, est mobilisé dans les discours publics (première partie) et adopté dans la pensée profane comme instrument de domination vis-à-vis des musulman.e.s (deuxième partie). Cet ouvrage documente ainsi les formes spécifiques d'islamophobie subies par les musulmanes et les musulmans en France, en Belgique et en Suisse, ainsi que les façons dont ils et elles y résistent (troisième partie).

  • Germaine Tillon, Jean-Paul Sartre, Marc Bloch, Charlotte Delbo, Bruno Bettelheim ou Roland Barthes: voici quelques-uns des intellectuels que l'on croisera dans ce livre. Ils ont en commun d'avoir éprouvé, plus ou moins longtemps et durement, des moments où ils ont été empêchés de lire, d'écrire, d'enseigner, de peindre, etc. Tous ont témoigné de ces épisodes de mise à l'épreuve dont parfois on ne se remet jamais. Certains ont été internés en prison ou en camp. D'autres ont connu l'enfermement du sanatorium. D'autres encore ont choisi de rompre avec le monde intellectuel en s'établissant en usine ou en partant vers un ailleurs lointain.L'ouvrage prend ces situations d'empêchement, subies ou choisies, comme autant de terrains d'enquête: que disent-elles de la condition intellectuelle? Que mobilisent ces hommes et femmes pour faire face aux privations dont ils et elles sont l'objet? Leurs réactions nous révèlent combien la condition intellectuelle ordinaire tient à des apprentissages lettrés, mais aussi à des équipements matériels (le bureau, le livre), à des publics (les lecteurs, les élèves) et à des solidarités (les pairs), autrement dit à des mondes qui soutiennent l'identité.Au fond, ce que nous donnent à voir ces récits de captivité, ces carnets de guerre ou ces correspondances d'exil, ce sont les tentatives pour reconstruire ces mondes. Dans l'épreuve et malgré elle.

  • Pourquoi les grands alpinistes se détournent-ils de l'Everest? Pourquoi refusent-ils l'oxygène artificiel sur certains sommets himalayens? Pourquoi risquent-ils leur vie pour une ascension nouvelle?Théâtre de drames, pourvoyeur de héros, objet de polémiques, l'alpinisme de haut niveau fascine. Dans les discours qui l'entourent ressurgissent les mêmes images: celles d'une pratique grande et noble, qu'on ne saurait assimiler à un simple sport, aux protagonistes voués corps et âme, prêts à se sacrifier pour une ascension inédite. À condition, cependant, qu'elle soit réalisée dans le bon esprit, car dans le grand alpinisme, il faut parvenir au sommet sans tricher, dans le respect d'une éthique stricte.C'est cet esprit de l'alpinisme, synonyme d'excellence, que l'ouvrage interroge à travers une enquête originale, à la fois historique et sociologique. Mettant à profit des matériaux inédits, il emmène le lecteur des origines de l'alpinisme, dans la grande bourgeoisie anglaise du XIXe siècle, jusqu'au début du XXIe siècle.L'esprit de l'alpinisme, principe éthique et esprit de corps, s'inscrit dans des hiérarchies et des rapports de domination de classe et de genre, qui distinguent les élites des masses, les alpinistes des guides, les hommes des femmes. L'ouvrage dévoile comment, par-delà la diffusion, la démocratisation et la féminisation de l'alpinisme, son esprit, codifié il y a plus de 150 ans par une petite élite masculine britannique, continue d'en refléter aujourd'hui les idéologies. Il intéressera tant des universitaires que des amateurs d'alpinisme.

  • Qu'est-ce qui dresse le cinéma contre les accélérations du tout numérique ? Les aurores après la tempête ne se voient plus que sur les écrans des salles de cinéma. Numérisés, les capitaux et les catastrophes détruisent le monde des matins tranquilles. La guerre est dans le temps. C'est à la chaîne que le numérique fabrique du virtuel, du mirage, de la monnaie de singe. En ce monde-hologramme, il n'est plus ni corps ni chair, les mains ne caressent plus rien, les blessures elles-mêmes sont factices. Cette nuée d'images nous dérobe le réel et peu à peu impose le désert des hommes et des choses. Contre la violence des exils, la salle de projection n'est-elle pas la dernière demeure de l'humain ? Face à la démultiplication des écrans, l'hypervisibilité, la transparence, comment le cinéma peut-il encore préserver sa part d'ombre et rester une arme critique ? Jusqu'où la révolution numérique n'est-elle pas en train d'affecter l'expérience esthétique et morale du cinéma, et au-delà, notre civilisation ?

  • Cet ouvrage propose une analyse inédite de la place et de la fonction de l'histoire, de la politique et de la culture françaises dans la formation et la réflexion d'Antonio Gramsci. Gramsci pense la France, son histoire, sa politique et sa culture, mais son intention vise bien au-delà. La France lui sert à penser l'Italie et sa place dans un « monde grand et terrible », bouleversé par la Grande Guerre, la révolution russe, l'émergence des fascismes, les débuts de l'hégémonie des États-Unis. Constitué d'allers et retours permanents entre la France, point de comparaison plus que modèle, l'Italie et le monde, ce volume examine à partir des textes - au premier rang desquels les Cahiers de prison - certains de ses concepts les plus importants, à l'instar du jacobinisme ou du national-populaire et plusieurs de ses thématiques historiques, des Lumières à la Révolution française. Le livre explore aussi le volet politique et culturel de la pensée de Gramsci, lorsqu'il s'intéresse à l'Action française et à la pensée de Charles Maurras, au coup d'État manqué du général Boulanger ou aux épisodes de l'affaire Dreyfus. Mais en définitive, c'est bien toujours une double perspective, indissociablement européenne et internationaliste, qui est sous-jacente à cette « France de Gramsci ».

  • Philosophie du tir a l arc. essai sur la conception stoicienne de la valeur Nouv.

    On ne peut manquer d'être frappés aujourd'hui par la référence au terme et à la notion de « valeur(s) ». Évaluer c'est tout à la fois s'affirmer et s'exprimer, mais aussi se signaler sur une mappemonde sociale et politique, autrement dit s'exposer au double sens du terme comme le suggère Bernard Harcourt à propos des réseaux sociaux. Évaluer serait le nouvel avatar des technologies de pouvoir à l'ère digitale. Toute pratique de résistance, dès lors qu'elle se fonde sur la revendication et sur la promotion d'une (autre) axiologie, ne s'inscrirait-elle pas dans le jeu qu'elle entend dénoncer? N'est-ce pas la possibilité même d'une résistance qui semble exclue? À moins, peut-être, de déconnecter le jugement de la préférence. À moins, peut-être, d'admettre des valeurs indépendamment de l'appréciation subjective qu'en font les individus. C'est ce que se proposent de faire les stoïciens en leur temps et c'est à cette pensée stoïcienne de l'évaluation - reformulée ici en termes de « dispositif d'évaluation » - que le présent ouvrage s'intéresse. Il s'agit de savoir à quels concepts et à quelles pratiques spécifiques les stoïciens hellénistiques puis impériaux font référence en parlant de valeur et de jugement et comment ces deux aspects s'articulent, ce qui implique d'aborder des thématiques aussi riches que l'axiologie et la psychologie, la théorie de l'action et la doctrine des passions. Outre l'intérêt d'une telle analyse eu égard à l'absence de travaux spécifiquement consacrés à la question de la valeur au sein des études stoïciennes, cette enquête entend avoir aussi une portée philosophique susceptible de contribuer à la critique de nos manières de penser et d'agir.

  • Les rapports entre marxisme et phénoménologie ont constitué un axe fondamental du débat culturel européen, dans les années 1960 et 1970. Dans la France de l'après-guerre, Sartre et Merleau-Ponty faisaient déjà référence, sur le plan de la fondation théorique, à la tradition phénoménologique de Husserl et de Heidegger, et sur le plan de l'engagement civil, au marxisme. Tran Duc Thao, élève de Merleau-Ponty, mettra en place dès 1951 une première synthèse de ces deux paradigmes dans son Phénoménologie et matérialisme dialectique. Onze années après, Jean-Toussaint Desanti reviendra sur l'exigence d'une convergence entre phénoménologie et marxisme. En Italie, puis en Allemagne, d'autres tentatives vont émerger. Ce volume a pour ambition de proposer une synthèse sur le sujet. Il vise également à promouvoir une première réflexion historique sur le courant philosophique qui, pendant au moins deux décennies, a occupé la scène intellectuelle, et à évaluer son héritage dans le débat contemporain.

  • À travers l'étude des nouvelles de l'auteur nord-américain écologiste Rick Bass, cet ouvrage interroge la manière dont l'écriture fictionnelle joue un rôle essentiel dans la protection du monde non humain et dans la valorisation des modes d'être des animaux. Il adopte une approche pluridisciplinaire et propose sa contribution aux débats éthiques, philosophiques et esthétiques sur les rapports entre la littérature et les animaux.L'une des particularités de la poétique de Rick Bass est qu'elle sollicite la structure et la substance de l'écriture afin de faire éprouver l'infinie variété des modes d'existence qui composent le vivant. Grâce à un travail sur le rythme, les sonorités ou la syntaxe, l'écriture de Bass parvient à donner à ressentir la présence élusive d'un cerf, la nage circulaire de cygnes ou la souffrance muette d'une mule blessée. Elle nous oriente vers d'autres styles, d'autres phrasés, et amène nos propres façons d'exister vers de nouvelles conduites plus éthiques.Cet ouvrage, qui est la première étude en français consacrée à l'oeuvre de Rick Bass, s'adresse aux lecteurs de l'écriture de la nature nord-américaine, et plus largement à ceux qui s'intéressent à la représentation des animaux dans la littérature et dans les arts.

  • S'intéresser à la pensée et à la fabrique de la phrase, comme étant la veine de l'écriture de Woolf, c'est tenter de rendre compte de ce qui ne se laissera jamais saisir comme objet, mais ne cessera de se donner à entendre dans son rapport avec l'impossible. En son oeuvre, la phrase apparait à la fois comme plus d'une et à nulle autre pareille. En cela, l'ouvrage se démarque des diverses approches historicisantes qui d'une manière ou d'une autre réifient l'écriture de Woolf. Il invite à se mettre à l'écoute subtile des multiples frayages de la phrase, de sa réinvention incalculable, des timbres polyphoniques qui la transportent, à travers des textes de genres différents dont elle brouille toute frontière de son régime agénérique. Il choisit par ailleurs d'éclairer un corpus peut-être moins connu de la fiction woolfienne. Il s'adresse aux lecteurs de l'oeuvre woolfienne chez qui cette passion de la lettre, de la littérature a pour nom « phrase ».

  • Comment penser l'épistémologie de la linguistique en prenant comme point de départ le pluralisme théorique réel de cette discipline? Par quels critères la recherche grammaticale se jauge-t-elle si on abandonne une conception concurrentielle de la démarche théorique? En examinant divers domaines de la théorie linguistique, cet ouvrage tente de mettre au jour certaines propriétés herméneutiques, mal comprises et parfois même non encore repérées, de la théorisation linguistique. À ces investigations, s'ajoute l'étude de certaines questions soulevées par la critique « idéologique » de la linguistique contemporaine, ce qui permet d'étudier l'activité théorique menée au sein de la discipline à l'aune des réalités socio-idéologiques dont elle est tributaire, parfois à son insu. En réunissant ainsi deux manières souvent disjointes d'aborder la linguistique, Nick Riemer ouvre la voie à une compréhension nouvelle de la complexité des objets textuels que sont les théories grammaticales.

  • Comment le socialisme doit-il articuler les deux exigences qui l'ont toujours défini: « à chacun selon ses besoins » et « à chacun selon ses mérites »? Aujourd'hui où l'objectif d'un calcul rigoureux des mérites, rebaptisé égalité des chances ou équité, est devenu non seulement la valeur dominante mais parfois la valeur unique d'un socialisme à l'agonie, il peut être opportun d'effectuer un voyage dans le temps. Et ainsi, d'observer des situations où ces deux exigences, besoin et mérite, étaient articulées bien différemment et nourrissaient alors des espoirs et des savoirs émancipateurs plus audacieux.Ce court essai propose un retour aux origines. Dans l'une de ses belles formulations, Pierre Leroux écrivait, « le socialisme paraît, et l'aube du jour c'est 1830 ». Procédant ici de quelques portraits, ceux notamment de Louis Blanc et Constantin Pecqueur, de François-Vincent Raspail et de George Sand, cet essai signale comment en cette période de genèse, qui inventa même le terme de « socialisme », l'exigence du besoin fut considérée comme rectrice. Loin d'être toutefois niée, l'exigence du mérite demeurait néanmoins auxiliaire de l'exigence du besoin.En ces temps déjà de premières déferlantes libérales, cette articulation originelle permit alors au socialisme de s'identifier d'abord, de résister ensuite et de créer enfin, tant dans le domaine des idées que dans celui des expérimentations, des voies nouvelles à l'émancipation et au progrès social, économique et politique. Cette option consistant à résolument situer le pari du socialisme au-delà de la seule égalité des chances, aussi rigoureusement définie soit-elle, mérite dès lors d'être rappelée et ruminée aujourd'hui.

empty