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Grasset
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« Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j'ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d'amis anéantis... » Etre rabbin, c'est vivre avec la mort : celle des autres, celle des vôtres. Mais c'est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l'histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d'hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. » A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d' une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l'évocation d'une blessure intime ou la remémoration d'un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu'on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d'un conteur est de se tenir à la porte pour s'assurer qu'elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes... -
Femmes qui courent avec les loups : Histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage
Clarissa Pinkola estés, Marie-France Girod
- Grasset
- 16 Octobre 1996
- 9782246498513
Clarissa Pinkola Estés est psychanalyste et conteuse, et son livre, fruit de vingt ans de recherches, est l'expression de ses deux arts réunis. Il dit aux femmes ce qu'elles ont toujours rêvé d'entendre sans oser se l'avouer : le temps est venu pour elles de retrouver leur nature instinctuelle, celle qui, sous des couches de civilisation, d'oppression, parfois d'autocensure, n'a jamais disparu et ne demande qu'à réapparaître, afin qu'elles redeviennent libres, créatives... Pour retrouver cette nature fondamentale, Clarissa Pinkola Estés nous invite à suivre un fil rouge, les mythes, les contes du monde entier.
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Le temps de l'obsolescence humaine
Bruno Patino
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 25 Mars 2026
- 9782246845348
« La révolution numérique atteint son apogée, celle des intelligences artificielles. Nous sommes désormais pris en charge. Les outils et les algorithmes nous interpellent, nous encadrent, nous guident, choisissent à notre place. Répondent aux questions que nous ne nous posions pas. Jouent avec nous. Se jouent de nous. Cette dernière révolution nous laissent amers et épuisés. Nos cerveaux sont saturés de dopamine, ne connaissant ni vide, ni repos. Tout comme nos yeux, nos doigts, nos corps. Nos vies sont fragmentées, à l'image du monde. Nos Peut-être devenons-nous des mines à ciel ouvert, aspirés et malmenés par le monde de la donnée, au coeur du d'une réalité qui semble elle-même s'effacer ?
Telle n'était pas la promesse du progrès et nous voici pris de vertige : sommes-nous entrés dans une nouvelle civilisation, à la croisée du sommeil perdu, de l'hypnose et de la soumission ? Ou bien vivons-nous la dernière heure de l'homo sapiens ? »
Dans la foulée de ses grands succès (La civilisation du poisson rouge, Sortir du bocal, Submersion), Bruno Patino nous livre un court essai prophétique, plein d'idées, d'hypothèses, de portraits, de lectures, de solutions. -
Le labyrinthe des égarés : l'Occident et ses adversaires
Amin Maalouf
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 4 Octobre 2023
- 9782246830436
Une guerre dévastatrice vient d'éclater au coeur de l'Europe, qui ravive les pires traumatismes du passé ; des menaces de cataclysme nucléaire sont constamment agitées, alors qu'on les croyait définitivement écartées ; un bras de fer planétaire se déroule, opposant l'Occident à la Chine et à la Russie... Il est clair qu'un bouleversement majeur est en train de se produire, qui affecte déjà notre mode de vie, et qui remet en cause les fondements mêmes de notre civilisation. Chacun en a conscience, mais personne encore n'a contemplé cette crise avec la profondeur de champ qu'elle mérite.
Comment en est-on arrivé là ? Amin Maalouf remonte, dans ce livre, aux origines de ce nouvel affrontement entre l'Occident et ses adversaires, en retraçant l'itinéraire de quatre grandes nations : d'abord le Japon de l'ère Meiji, qui fut le premier pays d'Asie à défier la suprématie des nations « blanches », et dont la modernisation accélérée fascina l'humanité entière, notamment les autres pays d'Orient, qui tous rêvèrent de l'imiter ; puis la Russie soviétique, qui constitua, pendant trois-quarts de siècle, une formidable menace pour l'Occident, son système et ses valeurs, avant de s'effondrer ; ensuite la Chine, qui représente en ce vingt-et-unième siècle, par son développement économique, par son poids démographique et par l'idéologie de ses dirigeants, le principal défi à la suprématie de l'Occident ; et enfin les Etats-Unis, qui ont tenu tête à chacun des trois « challengers », et qui sont devenus, au fil des guerres, le chef suprême de l'Occident et la première superpuissance planétaire.
L'ensemble de ces récits constitue une grande fresque historique qui éclaire, comme on ne l'avait jamais vu jusqu'ici, les enjeux des conflits en cours, les motivations des protagonistes, et les étranges paradoxes de notre époque.
En exergue du livre, l'auteur cite cette parole si pertinente de Faulkner : « Le passé ne meurt jamais. Il ne faut même pas le croire passé. » -
« Il semble qu'il soit impossible de se passer d'un ennemi. Le besoin est inné, même chez l'homme doux et ami de la paix. Celui-ci déplace l'image de l'ennemi d'un objet humain à une force qui nous menace et doit être combattue, que ce soit l'exploitation du capitalisme, la faim dans le monde ou la pollution environnementale. L'éthique est-elle donc impuissante face au besoin ancestral d'avoir des ennemis ? »
Umberto Eco interroge la nécessité pour les hommes d'avoir, toujours et en toutes circonstances, un ennemi : de la chasse aux sorcières en passant par la propagande guerrière du passé - jusqu'aux populismes du présent. Après l'immense succès de Reconnaître le fascisme, une éblouissante leçon politique.
Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher -
Il n'y a pas de Ajar : monologue contre l'identité
Delphine Horvilleur
- Grasset
- Littérature Française
- 14 Septembre 2022
- 9782246831563
L'étau des obsessions identitaires, des tribalismes d'exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l'idée d'un « purement soi », et d'une affiliation « authentique » à la nation, l'ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d'après l'auteure, une clé d'émancipation : Emile Ajar.
Cet homme n'existe pas... Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu'on n'est pas que ce que l'on dit qu'on est, qu'il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu'offre le texte de se glisser dans la peau d'un autre. J'ai imaginé à partir de lui un monologue contre l'identité, un seul-en-scène qui s'en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment.
Dans le texte, un homme (joué sur scène par une femme...) affirme qu'il est Abraham Ajar, le fils d'Emile, rejeton d'une entourloupe littéraire. Il demande ainsi au lecteur/spectateur qui lui rend visite dans une cave, le célèbre « trou juif » de La Vie devant soi : es-tu l'enfant de ta lignée ou celui des livres que tu as lus ? Es-tu sûr de l'identité que tu prétends incarner ?
En s'adressant directement à un mystérieux interlocuteur, Abraham Ajar revisite l'univers de Romain Gary, mais aussi celui de la kabbale, de la Bible, de l'humour juif... ou encore les débats politiques d'aujourd'hui (nationalisme, transidentité, antisionisme, obsession du genre ou politique des identités, appropriation culturelle...).
Le texte de la pièce est précédé d'une préface Delphine Horvilleur sur Romain Gary et son oeuvre. Dans chacun des livres de Gary se cachent des « dibbouks », des fantômes qui semblent s'échapper de vieux contes yiddish, ceux d'une mère dont les rêves l'ont construit, ceux d'un père dont il invente l'identité, les revenants d'une Europe détruite et des cendres de la Shoah, ou l'injonction d'être un « mentsch », un homme à la hauteur de l'Histoire.
« J'avais 6 ans lorsque Gary s'est suicidé, l'âge où j'apprenais à lire et à écrire. Il m'a souvent semblé, dans ma vie de lectrice puis d'écrivaine que Gary était un de mes « dibbouks » personnels... Et que je ne cessais de redécouvrir ce qu'il a su magistralement démontrer : l'écriture est une stratégie de survie. Seule la fiction de soi, la réinvention permanente de notre identité est capable de nous sauver. L'identité figée, celle de ceux qui ont fini de dire qui ils sont, est la mort de notre humanité. » -
« La voix des femmes est un manifeste féministe, et aussi une forme d'autobiographie. J'y explique comment et pourquoi, par la chance ou les circonstances, j'ai rencontré le féminisme à l'âge de vingt ans, avec le MLF. Et comment il a changé ma vie, engagé mes combats, et demeure, encore aujourd'hui, la cause démocratique et intellectuelle la plus importante.
Le texte est divisé en trois parties : le corps des femmes ; la puissance des femmes ; et la révolte des femmes. Il est constitué d'analyses, de lectures et de rencontres. Il se veut aussi un hommage à toutes celles qui en France s'occupent des femmes - par exemple le MLAC à Perpignan, la Maison des femmes en Seine-Saint Denis, la VIDIL à Villeurbanne, ou l'aide aux victimes à Avignon. Ces lieux sont invisibilisés et font un travail remarquable.
La voix des femmes s'inscrit dans le sillage de ma « maîtresse de pensée », Michelle Perrot, avec son livre Le temps des féminismes, où elle développe l'idée d'un féminisme ouvert, pluriel, tranquille et fier de l'être - à condition de respecter l'universalisme, de ne pas se déchirer entre factions et de lutter pour l'essentiel : l'égalité femme - homme ; la lutte contre toutes les violences sexuelles ; et la montée des extrêmes, qui développe le mépris voire la haine du féminisme. »
Laure Adler -
Même la nuit ne veut pas de moi
Arthur J. Essebag
- Éditions Grasset
- Littérature Française
- 27 Mai 2026
- 9782246847045
« Depuis le 7 octobre, je ne dors plus vraiment. Je ferme les yeux, mais la nuit ne me repose pas. Elle me replonge dedans. Le tunnel. Les explosions. Les cris qui déchirent l'air. Je me réveille en sursaut, le coeur affolé, avec une question qui cogne plus fort que tout : comment continuer ?
J'ai appris à sourire. À divertir. À rassurer. À porter un masque. Enfant déjà, j'avais fabriqué une bulle pour tenir le monde à distance. Mais le monde l'a pulvérisée. Depuis des mois, la haine ne chuchote plus. L'antisémitisme progresse à visage découvert. Et soudain, l'air manque.
Alors j'ai retiré le masque.
Après J'ai perdu un bédouin dans Paris, j'ai reçu un amour que je n'avais pas vu venir. Et j'ai compris que l'espoir n'est plus une évidence, mais un sport de combat.
Même la nuit ne veut pas de moi est le récit d'un homme qui a vacillé dans une époque qui tremble, mais qui a découvert une vérité essentielle : on ne tient pas seul.
C'est un livre sur cette décision, chaque matin recommencée : choisir la lumière. »
Arthur J. Essebag -
Reconnaître le fascisme
Umberto Eco
- Éditions Grasset
- Les Cahiers Rouges
- 17 Janvier 2024
- 9782246837060
Paru en Italie en 1997 dans un volume d'essais intitulé Cinq questions de morale, traduit chez Grasset en 2000, Reconnaître le fascisme d'Umberto Eco est un texte d'une extrême actualité : le témoignage lucide et terrible d'un des plus grands intellectuels du XXe siècle, qui a grandi dans l'Italie de Mussolini.
Quatorze. Tel est le nombre des caractéristiques qui permettent de déterminer si une idéologie, un mouvement, une société sont fascistes, selon Umberto Eco. Il y a les plus évidentes : la haine de la culture, l'obsession du complot, le refus de l'étranger. D'autres, plus insidieuses, bénignes en apparence, aboutissent au même résultat si l'on n'y prend garde : la peur du langage complexe, l'idée d'un peuple doté d'une volonté propre, le fait de considérer les désaccords comme des trahisons.
Les sociétés démocratiques sont-elles à l'abri d'un retour du fascisme ? Non, dit Umberto Eco, qui nous met en garde contre le masque innocent que prendra le fascisme pour revenir au pouvoir. « Ce serait tellement plus confortable si quelqu'un s'avançait sur la scène du monde pour dire : "Je veux rouvrir Auschwitz, je veux que les chemises noires reviennent parader dans les rues italiennes !" Hélas, la vie n'est pas aussi simple. » Les clefs pour débusquer et combattre une idéologie mortifère. -
L'odyssée de L'Odyssée : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les aventures d'Ulysse sans avoir jamais lu Homère
Christophe Ono-Dit-Biot
- Éditions Grasset
- Littérature Française
- 15 Avril 2026
- 9782246841326
Les sirènes tentatrices, l'infâme cyclope, Circé et ses pourceaux, et bien sûr Ulysse, mari aimant et roi éclairé, qui parvient après mille détours à rentrer chez lui auprès de sa fidèle épouse pour récupérer sa terre et n'en plus bouger...
Voilà ce qu'on nous a toujours raconté des aventures d'Ulysse dans L'Odyssée.
Mais lit-on encore vraiment les 12 000 vers d'Homère, ou de celui qu'on appelle Homère ?
Or, les lire en compagnie d'un passeur passionné comme Christophe Ono-dit-Biot, c'est découvrir, au-delà des images d'Épinal moralisatrices et simplistes, un univers beaucoup plus riche, sensuel, brutal, complexe et captivant.
L'entreprise de l'auteur est directe, généreuse et efficace : raconter L'Odyssée aux adultes, en suivant l'ordre des chants, dans une succession de brefs chapitres qui nous content au plus près du texte les aventures des héros et des héroïnes, des déesses et des dieux, mais creusent aussi le sens profond que les contemporains leur donnaient et les leçons que nous pouvons en tirer aujourd'hui.
Nous comprenons enfin pourquoi L'Odyssée, l'une des plus merveilleuses inventions littéraires de tous les temps, fascine toujours, près de trente siècles après qu'elle a été fixée par écrit, et comment elle nous aide encore à naviguer dans les brouillards de notre époque. A prendre, aussi, un plaisir fou.
Un livre romanesque en diable, à la pédagogie charmeuse et à l'érudition toujours ludique : le « gai savoir » à la portée de toutes et de tous. -
Avec la langue : Manuel de survie linguistique
Julie Neveux, Jul
- Éditions Grasset
- Document
- 1 Avril 2026
- 9782246846024
« C'est la langue de Molière qu'on assassine ! » A en croire certains, la langue française serait en danger. Franglais, « quoicoubeh », vocaux, nouvelles façons de parler et de s'écrire : elle risquerait de sombrer dans les usages d'une modernité illettrée. Mais les nouveaux usages menacent-ils les anciens ? Car la langue française est surtout vivante. Pleine de nouveautés, d'idiomes, de phrases et d'images du passé : dictons, mythes, implicites, tabous, normes non-dites. Au nom de quoi empêcher la langue de continuer d'évoluer ?
Dans cet essai impertinent, piquant, drôle et savant, Julie Neveux propose une plongée joyeuse dans le français d'aujourd'hui, qui est encore celui d'hier et déjà celui de demain. En partant de nos conversations ordinaires, et des débats socio-linguistiques qui agitent notre société, elle montre comment la langue reflète nos idéologies, nos tabous et nos tensions sociales ; comment nos héritages façonnent nos interactions verbales ; pourquoi c'est le propre d'une langue que d'évoluer. Chaque texte répond à une question concrète, dont les dessins de Jul amplifient la drôlerie (pourquoi dit-on « petit café » ? parle-t-on météo aux inconnus ? Pourquoi le mythe du bon vivant n'est pas si bon que ça ?), et nous permet de voir ce qui se joue, politiquement, dans nos mots, et comment la langue change pour mieux nous refléter.
Brillant livre de vulgarisation, manifeste pour la libre expression d'une société entière, peinture de nos travers, Avec la langue nous rend plus tolérants et un peu plus intelligents. À mettre entre toutes les mains ! -
Gisèle Halimi : Soixante-dix ans de combats, d'engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et la volonté, aujourd'hui, de transmettre ce qui a construit cet activisme indéfectible, afin de dire aux nouvelles générations que l'injustice demeure, qu'elle est plus que jamais intolérable. Gisèle Halimi revient avec son amie, Annick Cojean, qui partage ses convictions féministes, sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait un destin. Sans se poser en modèle, l'avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relai dans le combat essentiel pour l'égalité à l'heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile.
Depuis l'enfance, la vie de Gisèle Halimi est une fascinante illustration de sa révolte de « fille ». Farouchement déterminée à exister en tant que femme dans l'Afrique du Nord des années 30, elle vit son métier comme un sacerdoce et prend tous les risques pour défendre les militants des indépendances tunisienne et algérienne et dénoncer la torture. Avocate plaidant envers et contre tout pour soutenir les femmes les plus vulnérables ou blessées, elle s'engage en faveur de l'avortement et de la répression du viol, dans son métier aussi bien que dans son association « Choisir la cause des femmes ». Femme politique insubordonnée mais aussi fille, mère, grand-mère, amoureuse... Gisèle Halimi vibre d'une énergie passionnée, d'une volonté d'exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence.
« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » : ces mots de René Char, son poète préféré, pourraient définir Gisèle Halimi, cette « avocate irrespectueuse », et sa vie de combats acharnés pour la justice et l'égalité. -
Comment naît le fascisme
Antonio Gramsci
- Éditions Grasset
- Les Cahiers Rouges
- 22 Octobre 2025
- 9782246843177
Comment naît le fascisme ? Personne mieux qu'Antonio Gramsci ne peut y répondre. Membre du Parti socialiste italien auprès de Benito Mussolini qu'il a bien connu, il a ensuite été l'un des fondateurs du Parti communiste italien, raison pour laquelle Mussolini, devenu Duce, le fera déporter en Sicile.
Dès la sortie de la Première Guerre mondiale, dans les journaux socialistes comme l'Avanti! et communistes comme L'Ordine Nuovo, Gramsci relève l'émergence des symptômes qui vont donner naissance au fascisme. Nombre d'entre eux restent d'actualité : décrédibilisation du régime parlementaire, aspiration au chef, brutalisation de la politique, sentiment de déclassement de la classe moyenne et cynisme d'une partie du grand capital.
Ces dix articles d'Antonio Gramsci publiés entre 1920 et 1924, en grande partie inédits en français, sont indispensables pour qui veut comprendre ce qui se passe de nos jours. Gare à ne pas donner raison à sa phrase : « l'Histoire enseigne, mais personne ne l'écoute ».
Dans sa préface, la spécialiste du penseur italien Marie-Anne Matard-Bonucci met ces écrits en situation et alerte sur la récupération actuelle par l'extrême-droite de la pensée de Gramsci. -
Les Identités meurtrières
Amin Maalouf
- Éditions Grasset
- Terres Et Sciences
- 28 Octobre 1998
- 9782246548812
Depuis que j'ai quitté le Liban pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais plutôt français ou plutôt libanais . Je réponds invariablement : L'un et l'autre ! Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu' en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité ?
Partant d'une question anodine qu'on lui a souvent posée, Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d'assumer en toute liberté ses diverses appartenances ? Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l'affirmation de soi s'accompagne si souvent de la négation d'autrui ? Nos sociétés seront-elles indéfiniment soumises aux tensions, aux déchaînements de violence, pour la seule raison que les êtres qui s'y côtoient n'ont pas tous la même religion, la même couleur de peau, la même culture d'origine ? Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entretuer au nom de leur identité ?
C'est parce qu'il refuse cette fatalité que l'auteur a choisi d'écrire les Identités meurtrières, un livre de sagesse et de lucidité, d'inquiétude mais aussi d'espoir.
Amin Maalouf a publié les Croisades vues par les Arabes, ainsi que six romans : Léon l'Africain, Samarcande, les jardins de lumière, le Premier siècle après Béatrice, le Rocher de Tanios et les Echelles du Levant. -
« J'en arrive au principal, à la raison pour laquelle nous sommes au tribunal : le "passionnément antisémite".
Allons au fond des choses. L'éventuel antisémitisme de La France insoumise et de son chef serait un problème crucial pour les juifs de ce pays mais, bien au-delà, pour nous tous, catholiques, musulmans, athées ; l'antisémitisme étant toujours, en Europe, un avertissement d'incendie, pour citer le philosophe Walter Benjamin.
Alors, de quelle base factuelle disposons-nous pour justifier ce "passionnément antisémite" ? ».
R. M. -
Nous y étions : 18 vétérans racontent heure par heure le D-Day
Annick Cojean
- Éditions Grasset
- Document
- 15 Mai 2024
- 9782246838746
« Au printemps 1994, alors que se préparait la célébration du 50e anniversaire du Débarquement allié en Normandie, j'ai voulu essayer de rencontrer, au fil de mes reportages pour Le Monde, quelques vétérans du fameux 6 juin 1944. Je ne savais pas encore ce que je ferais de ces entretiens, mais je voulais les voir, les entendre, leur exprimer aussi ma gratitude. C'est étrange pour une journaliste d'avouer un tel sentiment, mais mon histoire y était pour beaucoup. Bien que Bretons d'origine, mes grands-parents, ma mère, ma tante, mes oncles avaient émigré à Caen. C'est là que le 6 juin 1944 les avait surpris, heureux, soulagés, excités, puis effrayés par la violence de l'opération et le bombardement de la ville (et de leur maison), et bientôt sur le chemin de l'exode.
Lorsque j'ai commencé à voir des vétérans américains, ils m'ont stupéfiée. Leurs souvenirs étaient d'une précision inouïe, leur envie de témoigner intense. Mes connaissances étaient balbutiantes, alors au restaurant, pour figurer les obstacles dressés par Rommel sur les plages normandes, ils prenaient des fourchettes et des couteaux, des stylos et des bouchons, et je les voyais, fascinée, me raconter Omaha la sanglante ou la prise héroïque de la pointe du Hoc.
Après toutes ces rencontres, j'ai proposé au directeur du Monde de raconter le 6 juin 1944, heure par heure, avec les différents acteurs de ce jour historique : les combattants des différentes armées, américaine, canadienne, anglaise, allemande. L'aumônier grande gueule du Commando Kieffer. Un résistant du maquis normand. Le plus jeune correspondant de guerre du D-Day, Charles Lynch, qui m'a bouleversée en racontant comment il avait sauté dans la mer, sous la mitraille, en tenant au-dessus de sa tête, sa machine à écrire et sa cage de pigeons voyageurs. Le speaker de la BBC qui avait la tâche, au petit matin, d'annoncer au monde entier l'opération Overlord...
Le journal m'a donné 18 pages, et je n'ai plus pensé qu'à ça. Reconstituer cette journée et donner corps au récit de ces hommes qui, pour la plupart, n'avaient à l'époque qu'une vingtaine d'années et ont vécu en terre normande les heures les plus folles, les plus tragiques de leur vie.
18 interlocuteurs, tous disparus aujourd'hui, 18 récits à la première personne pour revivre le Jour le plus long. »
A.C. -
Femmes d'exception : Connaître, inspirer, admirer
Laure Adler
- Éditions Grasset
- Document
- 13 Novembre 2025
- 9782246844181
« Je les ai lues, écoutées, aimées. Elles nous ont construites, bouleversées, changées. Elles sont toutes des femmes d'exception et c'est leur vie que je vais vous raconter. » Ainsi commence Laure Adler, qui nous offre l'histoire de huit femmes du 20ème siècle, dont le parcours et les engagements peuvent inspirer les femmes et les hommes d'aujourd'hui, de toute origine, de toute génération. Et aussi inspirer notre féminisme, traversé par tant de force, d'évolution, d'idées. Et confronté à bien des vents contraires.
Huit personnalités que Laure Adler a choisies, connues par le combat et les livres, et parfois personnellement. Huit personnalités courageuses, combatives, attachantes, françaises, américaines, iraniennes, allemandes, aux destins incomparables. Pour chacune d'entre elle, Laure Adler nous raconte leur vie et leur combat, dans un esprit de partage et de sororité : Gisèle Halimi, Simone Weil, Marguerite Duras, Toni Morrison, Hannah Arendt, Simone Veil, Françoise Dolto, Mahsa Jina Amini. Avec l'autrice, et son talent inimitable, nous accompagnons ces héroïnes avec émotion, admiration, qui nous donne par-delà le temps, les mots, parfois la prison ou la mort, une force d'âme extraordinaire.
Un livre passionné et généreux, inspiré de la série de podcasts de France Inter, ici magnifiquement maquetté et illustré. -
La civilisation du poisson rouge ; petit traité sur le marché de l'attention
Bruno Patino
- Éditions Grasset
- 10 Avril 2019
- 9782246819295
« Le poisson rouge tourne dans son bocal. Il semble redécouvrir le monde à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale de son attention : 8 secondes. Ces mêmes ingénieurs ont évalué la durée d'attention de la génération des millenials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes. Nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés.
Une étude du Journal of Social and Clinical Psychology évalue à 30 minutes le temps maximum d'exposition aux réseaux sociaux et aux écrans d'Internet au-delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale. D'après cette étude, mon cas est désespéré, tant ma pratique quotidienne est celle d'une dépendance aux signaux qui encombrent l'écran de mon téléphone. Nous sommes tous sur le chemin de l'addiction : enfants, jeunes, adultes.
Pour ceux qui ont cru à l'utopie numérique, dont je fais partie, le temps des regrets est arrivé. Ainsi de Tim Berners Lee, « l'inventeur » du web, qui essaie de désormais de créer un contre-Internet pour annihiler sa création première. L'utopie, pourtant, était belle, qui rassemblait, en une communion identique, adeptes de Teilhard de Chardin ou libertaires californiens sous acide.
La servitude numérique est le modèle qu'ont construit les nouveaux empires, sans l'avoir prévu, mais avec une détermination implacable. Au coeur du réacteur, nul déterminisme technologique, mais un projet qui traduit la mutation d'un nouveau capitaliste : l'économie de l'attention. Il s'agit d'augmenter la productivité du temps pour en extraire encore plus de valeur. Après avoir réduit l'espace, il s'agit d'étendre le temps tout en le comprimant, et de créer un instantané infini. L'accélération générale a remplacé l'habitude par l'attention, et la satisfaction par l'addiction. Et les algorithmes sont aujourd'hui les machines-outils de cette économie...
Cette économie de l'attention détruit, peu à peu, nos repères. Notre rapport aux médias, à l'espace public, au savoir, à la vérité, à l'information, rien n'échappe à l'économie de l'attention qui préfère les réflexes à la réflexion et les passions à la raison. Les lumières philosophiques s'éteignent au profit des signaux numériques. Le marché de l'attention, c'est la société de la fatigue.
Les regrets, toutefois, ne servent à rien. Le temps du combat est arrivé, non pas pour rejeter la civilisation numérique, mais pour en transformer la nature économique et en faire un projet qui abandonne le cauchemar transhumaniste pour retrouver l'idéal humain... »B.P. -
Un violent désir de chaleur humaine
Tania de Montaigne
- Éditions Grasset
- Essais Grasset
- 28 Janvier 2026
- 9782246838586
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger... »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu'à ce moment précis j'étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l'autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s'est brisé. Il ne s'agit plus d'un malaise ni d'un combat entre le juste et l'injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d'enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?
Tania de Montaigne, romancière, essayiste, nous livre ici une analyse implacable, mais aussi une méditation, pleine de talent, d'énergie, de propositions. À la morbidité ambiante Tania de Montaigne oppose une vitalité radicale. -
« L'immigration est aujourd'hui un des sujets les plus incandescents du débat public. Il divise profondément la société française. Il n'est qu'à ouvrir le journal, écouter la radio, regarder la télévision ou se connecter sur le web pour s'en convaincre. Le constat et le pari de ce livre : rassembler une grande majorité des citoyens autour de l'immigration est possible. En se confrontant à la réalité des faits, en analysant la politique d'immigration et en écoutant les citoyens, on peut sortir de l'impasse. »
Patrick Weil
Patrick Weil, historien, politologue, auteur, entre autres, de La France et ses étrangers (1991) et du rapport au gouvernement français « Pour une politique de l'immigration juste et efficace » de 1997, nous propose ici un livre d'élucidation et combat. Chiffres à l'appui, il aborde tous les aspects : le droit d'asile, les OQTF, Schengen, le regroupement familial, l'immigration légale comme illégale ; et ce que l'on fait parfois découler de l'immigration : le droit du sol, l'intégration, la laïcité. Rien n'est omis, ni l'incurie des gouvernements, ni les errements et la cécité volontaire des partis politiques. Il dessine ainsi les contours d'une politique de l'immigration alternative qui peut nous sortir de la division et de la violence. Pour que la France se réconcilie avec elle-même et avec son avenir.
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Folcoche : Le secret de "Vipère au poing" ; Enquête sur un meurtre littéraire
Emilie Lanez
- Éditions Grasset
- Document
- 1 Octobre 2025
- 9782246840497
Tout le monde a lu Vipère au Poing, premier roman d'Hervé Bazin. Chacun se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère, la méchante Folcoche (« folle » et « cochonne »). Depuis 1948, le livre est conseillé par les enseignants, lu par des générations de collégiens : il s'est vendu à plus de cinq millions d'exemplaires, a été adapté deux fois au cinéma et vendu dans le monde entier. Roman d'apprentissage, cri de douleur d'un adolescent mal aimé, il a trouvé sa place dans notre patrimoine littéraire et dans notre imaginaire collectif. On lit Vipère au poing pour aller vers l'âge adulte. Et c'est ainsi qu'il a permis à son auteur, Hervé Bazin, de briller sur le monde des lettres jusqu'à devenir le président de l'académie Goncourt.
Voici pour la légende. Car tout est faux. Tout. Intriguée par cette mère haïe de tous et comme un contre-modèle à l'adolescence en crise, Emilie Lanez a enquêté : exhumant les archives policières et les correspondances familiales, retrouvant des témoins de l'époque, elle nous livre une autre histoire, un contre-récit vertigineux qui est l'histoire d'un féminicide littéraire. Avant d'être un écrivain célèbre, l'auteur de Vipère au Poing fut un adolescent puis un jeune adulte menteur, qui fugue, vole sans discontinuer, escroque, menace... Poursuivi par la police, condamné par les tribunaux, privé de ses droits, il est interné en psychiatrie plusieurs fois et condamné à des années de prison. Sa famille, notables de province, panique. Surtout sa mère, Paule Hervé-Bazin. Avec maladresse, et rudesse, elle tente tout pour sauver son fils. Qui va la condamner au silence en faisant d'elle un monstre de papier : Folcoche.
À travers l'exploration des archives, Emilie Lanez révèle une famille dévastée par la littérature et comme figée pour l'éternité. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, ses hivers à la centrale de Clairvaux, puis sa gloire éclatante, Hervé Bazin est un personnage de roman fascinant - qui lui est enfin offert ici.
Une enquête hors du commun. -
Une vie heureuse
Ginette Kolinka, Marion Ruggieri
- Grasset
- Essais Grasset
- 25 Janvier 2023
- 9782246832386
Ginette Kolinka, qui va fêter ses 98 ans, habite le même appartement depuis qu'elle a dix ans.
Elle a toujours vécu là, rue Jean-Pierre Timbaud, au coeur de Paris, à l'exception de trois ans : de 1942 à 1945.
Cet appartement, c'est sa vie qui défile devant nos yeux. Il y a les portraits de ceux qui ne sont pas revenus de Birkenau : son père, son petit frère, son neveu.
Les disques d'or de son fils unique, Richard, batteur du groupe Téléphone.
Les photos de ses cinq soeurs, Ginette est la cadette, des petits-enfants, des arrière-petits-enfants.
Les dessins des écoliers, à qui elle raconte désormais son histoire, tous les jours, aux quatre coins de la France.
Et même les meubles qu'ont laissés les « collabos ».
Ginette nous fait la visite.
On traverse le temps : l'atelier de confection de son père, la guerre, ce mari adorable et blagueur. Les marchés, qui l'ont sauvée. Et les camps qui affleurent à chaque page, à chaque pas.
Mais Ginette, c'est la vie ! Le grand présent. « On me demande pourquoi je souris tout le temps, mais parce que j'ai tout pour être heureuse ! » -
Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c'est pas possible d'avoir survécu...
Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt. Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan - Ivens.
Aujourd'hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu'elle a vu et connu dans les camps d'extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté. Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva. Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d'y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à ça... -
C'est sur un paquebot trop confortable, en route pour l'Amérique du Sud, que Stefan Zweig eut l'idée de cette odyssée biographique. Il songea aux conditions épouvantables des voyages d'autrefois, au parfum de mort salée qui flottait sur les bougres et les héros, à leur solitude. Il songea à Magellan, qui entreprit, le 20 septembre 1519, à 39 ans, le premier voyage autour du monde. Un destin exceptionnel...
Sept ans de campagne militaire en Inde n'avaient rapporté à Magellan le Portugais qu'indifférence dans sa patrie. Il convainc alors le roi d'Espagne, Charles-Quint, d'un projet fou ; Il existe un passage conduisant de l'océan Atlantique à l'océan Indien. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l'est à l'ouest (C'était compter sans l'océan Pacifique, inconnu à l'époque..). Jalousies espagnoles, erreurs cartographiques, rivalités, mutineries, désertions de ses seconds pendant la traversée, froids polaires, faim et maladies, rien ne viendra à bout de la détermination de Magellan, qui trouvera à l'extrême sud du continent américain le détroit qui porte aujourd'hui son nom.
Partie de Séville avec cinq cotres et 265 hommes, l'expédition reviendra trois ans plus tard, réduite à 18 hommes sur un raffiot. Epuisée, glorieuse. Sans Magellan qui trouva une mort absurde lors d'une rixe avec des sauvages aux Philippines, son exploit accompli.
Dans ce formidable roman d'aventures, Zweig exalte la volonté héroïque de Magellan, qui prouve qu' une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables .