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Nouvelle traduction de Christine Jeanney, version non censurée Pendant des semaines, il ne montait pas, et il oubliait l'horrible chose peinte en se tournant, le coeur le ger et rempli de joies insouciantes, vers les plaisirs de la simple existence. Puis soudain, une nuit, il se glissait hors de chez lui pour se rendre dans un endroit sordide pre s de Blue Gate Fields, ou il pouvait rester des jours et des jours, jusqu'a ce que les gens l'en chassent, emplis d'horreur, exigeant de lui de monstrueux pots-de-vin en compensation de leur silence. A son retour, il s'asseyait face au portrait, parfois le hai ssant tout en se hai ssant lui-me me, ou d'autres fois avec la fierte re volte e qui participe a la fascination pour le pe che , souriant secre tement de plaisir devant l'ombre difforme condamne e a porter le fardeau qui aurait du e tre sien.
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« C'est la fin de six années de tâtonnements », écrit Virginia Woolf dans son Journal en juin 1938, « d'efforts, de beaucoup d'angoisses, de quelques extases. » Trois ans avant son suicide, dix ans après l'écriture d'Une pièce à soi, paraît Trois guinées, qui prolonge la réflexion entamée précédemment sur la place accordée aux femmes dans la société et dans la sphère intellectuelle, l'équilibre entre les sexes, la domination masculine.
Construit à l'origine comme un roman-essai incluant le texte de fiction qui deviendra plus tard Les années, Trois guinées est une démonstration brillante qui, sous prétexte de répondre à une question liminaire, « que faire pour prévenir la guerre ? », nous éclaire sur notre propre condition. Nous sommes alors dans le tumulte d'une nouvelle guerre à venir, dans l'antichambre de nouveaux cataclysmes, et Virginia Woolf choisit de mettre en scène sa propre réflexion comme une réponse à une lettre qui lui est soumise. C'est un texte à la portée universelle qui nous est adressé, publié bien en amont de nos parcours actuels mais dont les enjeux demeurent au centre de ce que l'on appelle aujourd'hui les études de genre. Virginia Woolf, qui invoque dans sa réflexion des figures littéraires importantes comme Emily Brontë, H.G. Wells ou Sophocle, nous renvoie à un monde encore aujourd'hui en partie rattaché au nôtre où s'exprime un dilemme majeur : celui des femmes piégées entre un patriarcat qui les étouffe et le modèle capitaliste censé pouvoir les en affranchir.
L'Oeuvre de Woolf est entrée dans le domaine public en 2012, ce qui nous permet aujourd'hui de proposer ce texte essentiel dans une nouvelle traduction de Jean-Yves Cotté, qui poursuit là son travail entamé avec Une pièce à soi. Ici encore, c'est une édition annotée et commentée qui vous est proposée pour pouvoir disposer pour la première fois de ce texte dans des versions couplées numérique et papier en français. Jane Walker l'a écrit dans une lettre envoyée à Virginia Woolf en septembre 1938 : « Trois guinées devrait être entre les mains de toute créature de langue anglaise, homme ou femme ». Jean-Yves Cotté nous guide pour élargir cette recommandation au-delà de la seule langue anglaise.
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On sait que ce texte surgit comme d'un champ de ruines. Un jeune type dégingandé de 22 ans, qui a raté ses études, y compris le sacrifice fait par sa famille qui voulait l'envoyer faire médecine en France, qui vient de perdre sa mère d'un cancer mais a été mis au ban de sa famille pour avoir refusé toute prière ou simagrée religieuse, qui s'adonne à la boisson et préfère surtout chanter comme ténor, ce qui ne nourrit pas.
Dans cette crise, la légende veut qu'il rédige en un jour l'esquisse de ce portrait où tout se fait sur le mode autobiographique, mais détourné, et la langue prise dans le déferlement joyeux qui sera plus tard la marque du "Finnegan's Wake".
Destin bousculé aussi pour le manuscrit, réécrit depuis l'exil à Trieste, entre pauvreté et boisson, puis détruit lors d'une dispute conjugale, il paraîtra en 1915 en revue, et l'année suivante en livre. Il est l'atelier par où s'amorce l'explosion de Joyce. En restant au plus près de la matière autobiographique, le collège jésuite de ses apprentissages, une mise à nu insolente, presque dadaïste si le rapprochement n'était pas si incongru, de la bonne vieille société irlandaise. Un geste libre, qu'il nous faut réapprendre à considérer depuis tout ce que nous avons appris depuis lors des possibles excès de la littérature.
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Melville savait-il, écrivant Bartleby, l'immense destin de son copiste ? Aborder un texte dont on sait qu'il a basculé la littérature tout entière, en tout cas un siècle et demi de littérature...
"Ou bien : n'est-ce pas notre propre histoire, mais notre histoire tout entière, celle des grandes villes dont Manhattan est l'emblème, celle de l'holocauste et ces silhouettes réduites à l'infini silence, et tous les fouilleurs de littérature qui, comme Franz Kafka, ont ajouté à Bartleby des frères puînés, qui ont donné après coup (pour reprendre le titre de Blanchot) sa vraie dimension à Bartleby ?
De bout en bout, c'est un récit de la mort, sur la mort, avec mort autant qu'un récit sur la ville, et une définitive allégorie sur la vie de bureau - ce que nous portons de mort en nous, que nous nions et qui nous emporte. Bartleby ne serait pas cet universel sinon. Mais c'est précisément ce qu'on ne peut nommer, et qu'il faut aborder par des figures. C'est cela, peut-être, qu'on nomme littérature.
Alors, quand toute cette machine est prête sous vos doigts, qu'on les entend crier dans leur marmite, qu'on voit la ville et qu'on s'en remémore les odeurs, alors oui se risquer à disparaître dans l'écart des deux langues, s'effacer pour traduire - comme raconter, au mot à mot, mais attentifs d'abord à la marche narrative, aux strates, aux jeux, aux images si étonnement visuelles - quand bien même la fenêtre ne donne que sur le mur de briques noircies. Attentifs aux attentes, aux lourdeurs, aux virages, aux reflets, aux coups. Et tout aussi bien à la mince figure abstraite, au milieu, omniprésente, et qui avale tout le reste. Raconter, parce qu'on nous raconte.
Aimer Melville, aimer New York. Craindre Bartleby.
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Dans cette dernie re pie ce qu'Euripide consacre a Dionysos, dans la « modernite » voulue de l'oeuvre s'affirme l'homologie entre l'expe rience dionysiaque et la repre sentation tragique. Si le drame des Bacchantes re ve le, a travers l'e piphanie de Dionysos, la dimension tragique de la vie humaine, il fait aussi, en « purifiant » cette terreur et cette pitie que provoque l'imitation sur sce ne des actions divines, briller aux yeux de tous les spectateurs le ganos, l'e clat joyeux et brillant de l'art, de la fe te, du jeu : ce ganos que Dionysos a le privile ge de dispenser ici-bas et qui, comme un rayon venu d'ailleurs, transfigure le morne paysage de l'existence quotidienne.
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« Il faut être bref, que la pensée coure, qu'elle ne s'embarrasse pas de mots trop pesants qui fatiguent l'oreille. Et il faut un ton grave parfois, drôle le plus souvent, parler comme à la tribune, et l'instant d'après comme un poète, plaisanter par moment comme en société, en gardant ses forces en réserve, en les atténuant exprès. Le rire fait plus que la violence. Mieux qu'elle, le plus souvent, il permet de trancher les questions importantes. » Horace touche à l'ordre du monde par l'intime, par le visage, par le travers et le caractère. Ce faisant, c'est toutes les questions graves, du pouvoir, de la connaissance qui tremblent sur leurs bases.
Danielle Carles a fait de sa retraduction un fascinant travail web, mêlant 4 couches - texte latin original, traduction, notes techniques, critiques et historiques sur cette traduction, et son propre commentaire littéraire, philologique mais libre. Alors lire (ou relire, on est gentil) Horace c'est le prendre de plein fouet, plein plaisir, et comme s'il nous parlait d'aujourd'hui.
Et un bel enjeu, pour nos appareils numériques, de restituer cette démarche...
FB
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Un mois, sous yourte...
écrire, méditer, marcher, casser mon bois pour le poèle, quelques gestes simples...
Les buis, les larges collines bombées, les grandes herbes, dolines, avens, les colonnes de roches ruineuses comme des chapelles romanes de cailloux secs, les pierres claires concassées des sentes, les pins sous la neige, les hommes...
Pour l'instant, j'écoute.
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Comme une suite de poèmes vocalisés par une ballerine voyageuse, « Alger céleste » trace une cartographie intime entre est et ouest, sud et nord, air et terre, Russie et Algérie, personnages de contes et héros nationaux. Délimitation d'un territoire reçu dans l'enfance puis réinventé par les mots. Ce qu'ils contiennent de distances et de rapprochements, de jeux et d'étrangeté au passage d'une langue vers l'autre, Katia Bouchoueva, poète et slameuse, sait le faire entendre et résonner.
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C'est par le refrain de Charles Trenet, Douce France, que Katia Bouchoueva nous fait entrer dans ce nouveau recueil. Depuis ce leitmotiv elle esquisse un panorama très situé, dans un territoire tantôt urbain, tantôt campagnard où se croise une foule éclectique : des personnes, des voix, des êtres protecteurs aux noms d'animaux, des lieux arpentés comme des corps accueillants, des strophes aux accents de contes. Mais cette douceur, qui est pour l'auteure attachée à la France, montre aussi son revers tyrannique par petites touches sur ces tranches de vie. Ainsi, le vers très libre et vivant de Katia Bouchoueva nous emmène par bonds, par sauts, en visite, dessinant les contours de son espace de jeu avec la langue et brodant sur la chanson sa propre ritournelle.
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Mais pour moi / tu n'es pas morte / David Bowie est mort / Leonard Cohen est mort / ma grand-mère est morte quand j'avais dix ans /toi ce n'est pas pareil
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Il marche, comme nombre d'hommes et de femmes migrant d'une frontière à l'autre, la perte de ses papiers d'identité le confine à l'errance. Qui est-il, où va-t-il, quel est son nom pour commencer ? Mystère. Voilà à quoi l'on est réduit aux yeux de l'administration : quelques dates, un coup de tampon, un nom. Une empreinte. Mais la vie, la singularité d'un être, sa sensibilité, ce n'est pas réductible à ces quelques données. Ça déborde.
C'est le point de départ de cette enquête qui nous mènera hors des sentiers battus de notre époque, et de la parole : une crue intérieure qui pousse le corps à se mouvoir. De là à arpenter le monde par son envers, tâcher de retrouver un nom qu'on a perdu, vivre au niveau du sol avec comme seuls compagnons les ami·es de passage et les rats, il n'y a qu'un pas. Et tant d'autres.
Dans ce roman résolument politique, poétique, qui sait placer lecteurs et lectrices à la place de l'autre, qui mesure l'écart entre les mondes autant qu'entre les langues, se dessine peu à peu la figure du fantôme nuisible en quoi notre glaciale époque peut potentiellement métamorphoser tout un chacun au premier soubresaut géopolitique venu : d'un côté pas vraiment immigré, de l'autre pas tout à fait émigré. Quelque chose entre les deux. Une sorte d'Ulysse cherchant non pas à retourner chez lui mais en. Un emmigré.
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Dramaturge, metteuse en sce ne et re alisatrice, la carioca Christiane Jatahy est devenue, avec sa compagnie Ve rtice de teatro, une figure singulie re et tre s importante de la sce ne bre silienne, et maintenant internationale. Il nous a semble important de mieux faire de couvrir son travail, en proposant avec ce volume une premie re approche de sa de marche et de ses cre ations. Ce livre re unit pour cela un texte du spe cialiste du the a tre contemporain bre silien Jose Da Costa, « The a tre et recherche artistique chez Christiane Jatahy », qui constitue une introduction a son parcours et a son esthe tique ; un entretien entre Jose Da Costa et Christiane Jatahy, « Une toile sur le quotidien » ; et un texte de Christiane Jatahy elle-me me sur son travail, « Ligne te nue entre re alite et fiction ». A ces textes s'ajoutent les fiches artistiques des cre ations de la metteuse en sce ne et de nombreuses photographies de ses spectacles. L'espace du commun Le the a tre de Christiane Jatahy entend ainsi faire apparai tre les enjeux esthe tiques, mais aussi politiques et humains, qui traversent ce the a tre singulier et marquant, ce the a tre « du commun » a tous les sens du terme. CT
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Quel est le nom de cette ville qui brûle en moi ? Que ce soit lors de ses errances citadines, ses voyages souterrains ou hors la ville, Christophe Grossi aime observer ce qui nous relie ou nous oppose. Au fil des rencontres fugaces ou vivaces, des moments de tension ou d'apaisement, il s'interroge sur notre présence au monde, notre immobilité en mouvement et nos désirs de fuir. Si la ville fascine, elle peut griser aussi. Et dans nos va-et-vient, comment habiter les lieux traversés, quel que ce soit le mode de transport choisi ?Dans ce récit qui procède par fragments, où les voix convergent et se complètent, une galerie de portraits se construit. Une nouvelle carte apparaît, faite d'itinéraires réels ou imaginaires, le long desquels les absents hantent les vivants. Et chaque trajectoire prend la forme d'un possible soubresaut. La ville soûle n'est pas un récit de voyage au sens propre : c'est une métamorphose.
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Je suis en moi comme dans un pays étranger.On peut naître à soi-même à déjà 38 ans, sans savoir qui on a pu être avant. Avant quoi ? On peut recevoir un jour un mail d'une prétendue soeur dont on se sait dépourvu et espérer sa présence. Pourquoi ? On peut enquêter sur des identités suspectes qui semblent fictives sans parvenir à savoir si ces femmes, soupçonnées d'ébahissement, sont ou non une menace pour la sécurité de l'État. Comment ? Ces personnages, et bien d'autres, se rencontrent, se cherchent et se découvrent dans le monde de Soeur(s). Il est aussi le nôtre, celui dont le réel a très largement rattrapé les dystopies et les anticipations de la fiction. Celui qui a fait de la solidarité entre les êtres un délit. Se jouant des genres et des registres, mélangeant l'enquête avec le politique, la technologie et la comédie, la philosophie et la sensualité du désir amoureux, les personnages de Soeur(s) osent réinventer des espaces de vie dans lesquels l'espoir de la fraternité et de la sororité est possible. Dans cette polyphonie de voix, le mystère de l'identité à l'ère de la surveillance généralisée se reconnecte à son essence première : l'humanité de celles et ceux qui se demandent, bien plus légitimement que les services de police, qui suis-je ?
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Dans son premier roman Soeur(s) (2020), Philippe Aigrain proposait, sur le mode de l'anticipation chorale, « un conte technique opérant à la fois facétieusement et à très grande profondeur (...) sur les technologies de surveillance » (Hugues Robert, librairie Charybde). Jachère, second roman auquel il travaillait encore quelques jours avant sa disparition, et commencé au début de la pandémie de Covid-19, va plus loin dans son exploration d'un futur plus meurtri encore, mais jamais exempt de douceur.
Le roman nous place dans un temps d'après le chaos. L'humanité, dévastée par des années de guerres, ravagée par les virus est au bord de l'extinction. C'est dans ce contexte que se rassemble une petite communauté. Ils et elles sont douze. Ensemble, ils arpentent les champs de bataille qu'ont laissé dans leur sillage les robots tueurs. Ensemble, modestement, ils tentent de réamorcer les rouages de la civilisation. Tout se complique lorsqu'ils commencent à converser avec des machines militaires fatiguées d'avoir oeuvré tout ce temps à détruire. Peut-on envisager de reconstruire avec elles ?
La quête fixée par ce petit groupe est plus humble que celles qu'on trouve généralement dans les récits post-apocalyptiques. L'enjeu est moins le survivalisme individuel que la survie des communautés humaines, l'entente entre les hommes, les femmes et les non-humains.
Inspiré par des penseurs tels que Philippe Descola ou Gilbert Simondon, Philippe Aigrain dans ce deuxième roman d'une grande délicatesse chemine avec des littératures qui ont contribué à former son regard et son écriture. Ainsi Marielle Macé, Nastassja Martin ou Bérengère Cornut peuvent être invoquées. Le tout illustré par Roxane Lecomte qui prête vie aux montagnes slovènes, véritable actrices à part entière du récit. Sans oublier Marie Cosnay, dont Jachère doit beaucoup, et qui prolonge la lecture d'une postface émue.
L'humanité, dévastée par des années de guerres, ravagée par les est au bord de l'extinction. C'est dans ce contexte que se rassemble une petite communauté. Ils et elles sont douze. Ensemble, ils arpentent les champs de aigrain bataille qu'ont laissé dans leur sillage les robots tueurs. Ensemble, modestement, ils tentent de réamorcer les rouages de la civilisation. Tout se complique lorsqu'ils commencent à converser avec des machines militaires fatiguées d'avoir tout ce temps à détruire. Peut-on envisager de reconstruire avec elles ? jachère Loin du survivalisme individuel, l'enjeu du roman de Philippe Aigrain tient plus à la survie des communautés illustrations de roxane Lecomte humaines, l'entente entre les hommes, les femmes et les postface de marie cosnay non-humains. Le tout illustré par Roxane Lecomte qui prête vie aux montagnes slovènes, véritable actrices à part entière du récit, et accompagné par Marie Cosnay, qui prolonge le récit d'une postface émue. -
Tu m'embrasses me questionnes - sondant mon coeur as-tu aime te balader dans un jardin avec moi - ta gentillesse les boeufs blancs qui paissent en paix dans le bocage pour nous y rendre - tes pas parmi les fleurs les fleurs parmi tes pas - tu e tais un the a tre de verdure au milieu des marais une chambre avec son the a tre de verdure - e tais borde e de sentiers tu bordais les sentiers - e tais quinze hectares dans quinze hectares un labyrinthe dans le labyrinthe - tes le vres sur ma tempe les viviers de ta voix en secret « Tu emme nes mon corps jusqu'a tre s loin », dit le poe me, qui e gre ne en une suite de strophes une histoire d'amour adresse e, en divers lieux traverse s ou l'autre n'est jamais dissocie du paysage. Un poe me en prose a la fac on d'un journal, pour dire les lieux que l'on conserve en soi, ces condense s de temps et d'espace, des de parts, des voyages car le regard y est mieux aiguise - dans cet ailleurs, ce qui fait l'e clat d'un amour, d'un geste, d'une parole subtilement s'accroche.
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Voici Claude Ponti rageur, secoueur, poete. Claude Ponti devant la nuit remplie de questions, des plus urgentes du present, aux plus originelles de l'enfant.
On ne contourne rien, ici, du passe, de l'origine, du sens - et qui fut la premiere mere, et quel fut le premier nom. Et si on ouvre grand ces questions, on est vite aussi sur le terrain du risque, avec les superstitions, le vivre ensemble ou la detresse au quotidien, plus la grande moquerie par quoi, finalement, on est capable de tenir et de continuer.
Mais Ponti reste Ponti. C'est la grande obscurite de Rabelais, avec listes et accumulations, avec du rire et de l'obscenite, et tout ce dont nous sommes faits. C'est cru, c'est violent, c'est resolument « adulte » - mais c'est le meme rire et plein de sourire, jusqu'au bout, lorsque Claude Ponti demande, a l'avant-derniere page : « Depuis quand le desespoir est-il habitable ? » Rarement l'impression, dans ce jeu fou de langue parfois jusqu'a la fusion, d'un texte aussi prodigieux, aussi necessaire. Une mise a nu, un poeme, un cri, tout cela a la fois : et c'est beau comme nous le sommes.
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Comme chaque soir, avant de partir, de quitter la classe vide, avais fait un rapide tour de la salle pour m'assurer que tout était en ordre ou du moins que le désordre était raisonnable... » Nous voilà immergés dans le quotidien, voix, geste, parole, d'un instituteur d'école primaire, dans un village de l'ouest, sous ciels d'estuaire. Pas la première fois qu'un récit s'y ancre pour laboratoire de l'imaginaire, des rêves, magnifique poste d'observation.
Et point crucial de la transmission, des frictions sociales. Et puis il suffit d'une phrase, trouvée sur la table d'une des petites élèves, un coeur découpé dans le cahier de textes, "je t'aime maman passe que tu et la plus belle" - c'est ici, dans la classe même, dans cette heure qui suit le départ des élèves, que l'instituteur reçoit les parents d'élèves.
Et c'est le biais ici pour ces portraits au plus sensible de notre présent, ses contradictions et ses illusions, sa générosité et ses désespoirs. Et chaque micro-chapitre est l'arrachement bref d'une silhouette ainsi sculptée dans son humanité même, "père de...", "mère de...", grands-parents parfois, à même leurs peurs ou leurs dérives (avec zeste parfois de physique quantique, croyez-le ou pas).
L'instituteur, dans l'autre versant de sa vie, s'en fait l'écrivain, le recompose par la fiction qui fait surgir visages et paroles, récit en miroir de nous-mêmes - compte l'ouverture au temps. Claude Simon donne ici, en exergue, le défi : "pour l'écrivain ou le peintre [...] l'émotion est inséparable du matériau qu'ils travaillent (et qui les travaille)".
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Le narrateur arrive en Suisse, au bord du lac Léman, pour y séjourner. On n'en saura absolument pas plus sur lui-même. Sa passion à écrire, son enquête sur Rousseau, ne sont pas un prétexte suffisant pour l'ampleur du récit. L'eau sans doute est importante. Jean-Pierre Suaudeau est d'ouest, il habite la région nantaise, est instituteur dans un village des marais qu'a si bien décrit Julien Gracq dans La Presqu'île. C'est plutôt chez Claude Simon qu'il faut chercher son horizon de langue : l'ampleur parfois lyrique de la phrase, l'attention aux signes, aux objets, aux dispositifs de représentation, et la volonté aussi de ne jamais rien laisser s'installer de stable. La phrase se casse, le récit s'ouvre, sa teneur poétique est scrutée dans l'intérieur des mots.
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Sur les routes de l'Europe, le long des fleuves interminables, sous le soleil, dans la poussière, toujours en mouvement, que cherchent-ils ? Les héros de cette histoire se racontent au « nous ». Ils se déplacent en voiture, en vélo ou à pied. Ils dorment dehors ou chez l'habitant, ils écoutent leurs récits et ils partagent leurs danses. À défaut d'une même langue, c'est un élan commun qui les portent les uns vers les autres. Alors que le monde alentour, le nôtre, n'en finit plus de sombrer dans sa propre caricature, ils partent vers des contrées où les rêves sont encore possibles.
Dans ce western de l'Est et d'aujourd'hui, les explorateurs sont doux et sincères. Indiens d'un soir entre les étoiles, ils ont pris le Danube pour guide et leur quête intime et magnifique, mille fois échouée et mille fois recommencée, ne connaîtra aucune frontière.
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Bien corsetés, ce serait donc ce que nous sommes, et le monde de l'éveil celui de toutes les frontières ? Squelette, peau, graisse, muscle, poil, cheveux, langue, sans oublier la façon dont nous fûmes nourris, bercés, rassurés, rejetés, éduqués, testés, amoindris, jugés, excités, refroidis : tout cela nous circonscrirait à une forme, une seule, inamovible ?
Comment vivre au plus près des corps ? Ce diptyque, Anne Savelli l'a écrit à leur contact. Tout contre. Né d'une collaboration avec la compagnie de danse Pièces détachées, c'est un roman double qui prend comme point de fixation la peau, les os, les muscles dans ce qu'ils ont de plus minéral, parfois, mais aussi de plus volatile. Ballet de mouvements qui écrivent autant qu'ils inventent leur rapport à l'autre et au monde, d'une part ; de l'autre, vertige de la fixité dans une série stroboscopique de photographies qui puisent autant dans les zones d'ombre du modèle que dans son éclat. En creux, c'est tout un monde de luxe, de perfection physique et de domination qui va se déployer et dont le récit tentera de reconstruire, d'assembler, de réécrire l'identité dans une forme proche de l'enquête fragmentée. C'est l'histoire d'un corps qui s'effondre, toujours. C'est aussi le lieu choisi pour une élévation d'une grande poésie.
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Écrite en 2008, la pièce de Bozena Keff rencontra un écho retentissant en Pologne lors de sa création. C'est qu'elle témoigne avec une violence et une profondeur rares des enjeux qui secouaient alors et qui continuent à ce jour la société polonaise, entre souvenirs de la Shoah et montée d'un antisémitisme d'État. Si elle révèle les tensions d'un pays en prise avec sa mémoire, elle met au jour aussi celles de l'Europe et de notre temps. À l'heure où les derniers survivants des Camps disparaissent, c'est la question du devenir de notre Histoire qui se pose, des fantômes qui la hantent. Bo ena Keff est de cette génération des enfants des survivants des Camps, qui voudrait être auteur de son histoire. Entre mémoire maternelle et violence paternelle, entre Histoire et Patrie, entre le silence du passé et l'impasse du présent, comment s'inventer une vie qui soit résolument la nôtre ? C'est dans une pièce qui prend la forme d'un oratorio sidérant de puissance, convoquant figures mythiques et contemporaines, Demeter et Lara Croft, lyrisme prophétique et rage de l'insulte, que Bo ena Keff convoque l'histoire pour mieux terrasser ces fantômes ou apprendre à vivre avec eux ? Pièce énigmatique et vertigineuse, « oeuvre-monstre » comme le disent les deux traductrices de cette pièce, Sarah Cillaire et Monika Próchniewicz ; qui propose la première traduction en français de cette oeuvre fondamentale : De la Mère et de la Patrie traverse les formes les plus antiques du théâtre pour dire la tragédie du présent, afin aussi de trouver les forces de lui résister.
Arnaud Maïsetti
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Seul comme on ne peut pas le dire ; une lecture de la nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès
Arnaud Maïsetti
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- Theatre
- 14 Mars 2018
- 9782371775268
Seul comme on ne peut pas le dire est la première monographie exclusivement consacrée à l'oeuvre de naissance de Bernard-Marie Koltès, le célèbre soliloque La Nuit juste avant les forêts. Ce livre en présente les différentes strates et composantes du bref mais fulgurant texte de Koltès. Il le resitue dans sa genèse, dans ses enjeux de théâtre, en examine l'architecture et le fonctionnement narratif.
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On aime se rappeler les temps anciens où l'on croyait encore aux apparitions. Elles auraient eu lieu, à quelques mètres près, toujours au même endroit, au bord du canal qui longe le village.Au canal, on y va comme d'autres iraient de l'autre côté du miroir, avec l'idée de se rapprocher des zones troubles de la vie. C'est là, aux lisières des forêts, à la surface des eaux, dans ces interstices où prennent racine les contes, que la fiction s'instaure.Dans ce roman de l'ombre qui fait de la lumière l'enjeu de toute chose, Marie-Laure Hurault fait de chaque scène un tableau. Tout au long de ce périple, les montages photographiques de Frédéric Khodja font plus qu'accompagner le récit : ils tissent un réseau de perspectives et de correspondances qui mettent l'espace à la jonction des regards.Récit de violences, récit de douceur, récit des limbes à mesure qu'on les sonde, Au canal est peut-être l'expression littéraire la plus proche d'un cinéma recomposé par l'écriture. Doublé d'une invitation à se perdre, et par là-même à se trouver.