Karthala
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Colonialité : Plaidoyer pour la précision d'un concept
Michel Cahen
- KARTHALA
- Disputatio
- 11 Juin 2024
- 9782384091676
La colonialité fut et est un phénomène mondial (mais pas généralisé) lié à l'expansion du système-monde capitaliste moderne (mercantile et esclavagiste) depuis le XV e siècle, en dehors de (puis en combinaison avec) l'expansion plus tardive du mode de production capitaliste. Elle n'est pas uniforme puisque très liée aux historicités des territoires (il y a ainsi des régimes de colonialité), imposant néanmoins des rapports sociaux de type colonial indépendamment du statut du territoire concerné. La colonialité est un concept fondamental dans les approches postcoloniales et décoloniales et de sa définition découlent celles d'autres concepts liés : post-colonial et postcolonial, décolonial, décolonialité, subalternité, universalisme, pluriversalisme, « sud global »...
Il existe une très forte tendance chez nombre d'auteurs décoloniaux à donner le primat au cognitif, à l'épistémique et à l'ontologie. Les colonialités du savoir, de la nature, de l'être, sont désormais plus étudiées et dénoncées que la colonialité du pouvoir dont découle pourtant tous les autres aspects de la colonialité. Ce tournant épistémique donne au décolonial une forte orientation idéaliste : c'est de la « déprise » mentale avec l'« Occident » et la « Modernité » que viendrait l'émancipation des subalternes. Or jamais les mouvements sociaux réels ne séparent ainsi l'ontologie de la vie socio-économique. Ce décolonial, de fait idéaliste, réifie l'« Occident » et la « Modernité » en un orientalisme à rebours, survalorise considérablement l'expérience hispano-américaine sans accorder d'importance à l'expansion portugaise vers l'Asie, tout aussi productrice de système-monde et plus rentable, au départ, que l'Amérique.
Ce latinocentrisme s'écarte, chez nombre d'auteurs, de la critique du capitalisme globalisé et pointe l'« Occident », sans jamais le définir précisément, comme l'ennemi. Il
dessine un « campisme anti-occidental » qui met souvent ces auteurs en fâcheux voisinage, comme l'ont montré des prises de positions favorables, ou du moins bienveillantes, envers la Russie dans sa guerre de conquête de l'Ukraine. Contre le décolonial idéaliste, Michel Cahen prône un décolonial matérialiste et ne « jette pas le bébé avec l'eau du bain ». -
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Travailleurs du monde : essai pour une histoire mondiale du travail
Marcel Van der linden
- KARTHALA
- 25 Novembre 2022
- 9782811123772
"Les études proposées dans ce volume contribuent à une histoire mondiale du travail libérée de l'eurocentrisme et du nationalisme méthodologique. En utilisant la littérature de diverses régions, époques et disciplines, le livre fournit des arguments et des outils conceptuels pour une interprétation différente de l'histoire - une histoire du travail qui intègre l'histoire de l'esclavage et du travail sous contrat, et qui accorde une attention sérieuse aux développements divergents, mais interconnectés, dans différentes parties du monde. Les questions suivantes sont centrales :
- Quelle est la nature de la classe ouvrière mondiale, sur laquelle se concentre l'histoire mondiale du travail ? Comment pouvons-nous définir et délimiter cette classe, et quels facteurs déterminent sa composition ?
- Quelles formes d'action collective cette classe ouvrière a-t-elle développées au fil du temps, et quelle est la logique de ce développement ?
- Que pouvons-nous apprendre des disciplines voisines ? Quels sont les points de vue des anthropologues, des sociologues et des autres spécialistes des sciences sociales qui sont utiles au développement de l'histoire mondiale du travail ?" -
L'enchevêtrement des crises au Sahel : Niger, Mali, Burkina Faso
Jean-pierre Olivier de sardan
- KARTHALA
- Disputatio
- 1 Novembre 2023
- 9782384091331
C'est la convergence et l'enchevêtrement de multiples crises qui permettent de comprendre la situation particulièrement inquiétante que connaissent aujourd'hui le Burkina Faso, le Mali et le Niger, et dont les récents coups d'État sont un symptôme : crise agro-pastorale ; crise de l'emploi ; crise des élites politiques ; crise des services publics ; crise de l'islam ; crise de l'occidentalo-centrisme ; crise sécuritaire ; et crise des armées nationales.
Mêlant analyses rigoureuses fondées sur une connaissance en profondeur du contexte sahélien (en particulier du Niger) et prises de positions citoyennes « sahélo-centrées », cet ouvrage s'appuie sur des articles de l'auteur publiés dans la presse ces dix dernières années qui montrent que les ingrédients de l'imbroglio sahélien ne datent pas d'aujourd'hui. Ces crises sont profondes et n'ont jamais trouvé de solution ni du côté des gouvernements nationaux ni du côté de leurs partenaires occidentaux. Seules des initiatives, des réflexions, des réformes, des innovations, des solutions originales émanant de l'intérieur des trois pays concernés pourront permettre de sortir des impasses actuelles. -
Quand le diable a revêtu l'habit : Récits de victimes de violences sexuelles dans l'Eglise catholique
Collectif, Michèle Fay, Claire Horeau
- KARTHALA
- 23 Mai 2024
- 9782384091577
Autrefois, il était impossible de parler, aujourd'hui, il n'est plus possible de se taire.
Ces récits de victimes de violences sexuelles, infligées par des religieux de l'Église catholique, le disent avec force et douleur, chacun à sa manière. Me too, moi aussi...
Il faut les lire, se préparer à l'effet de choc comme à l'effet de miroir qu'ils suscitent, le singulier, on le voit, rencontrant l'universel.
Il faut être hospitalier à ces itinéraires de souffrances protéiformes qui ont pris le visage de la violence, de la manipulation, de l'emprise, de la sidération traumatique avec, chaque fois, la collision-collusion du sexuel et du sacré : comme la toge, la blouse ou la robe symbolisent d'autres pouvoirs, ces clercs pédocriminels portent l'habit de l'autorité morale et spirituelle, censé rappeler l'importance de leur charge et de leur responsabilité. Pour les victimes, il n'évoque plus que souillure et dégoût.
Le diable a revêtu l'habit...
Les témoins de ce recueil disent leur volonté de sortir du long silence, du déni mortifère.
L'écriture aura-t-elle eu une fonction libératrice, restauratrice, réparatrice ? Forme profane de l'exorcisme ? À vous de lire, d'y réfléchir et d'agir... -
Cet ouvrage, qui mêle portraits littéraires et portraits photographiques, retrace les trajectoires de vingt femmes d'origine africaine établies en Belgique. Celles-ci témoignent des difficultés partagées, mais surtout de leurs parcours de réussite et de reconnaissance sociale. Brillantes et engagées dans les milieux culturel, politique et associatif, elles apportent un autre regard sur les questions migratoires et la situation des femmes en particulier. Si les problèmes de racisme et de discriminations sont bien réels, si le chemin paraît encore long et tortueux, les luttes individuelles ou collectives finissent par payer. Sans angélisme, mais sans défaitisme non plus, le message que ces femmes adressent, notamment aux jeunes générations, est celui des possibles.
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Les naufragés ; l'odyssée des migrants africains
Etienne Dubuis
- KARTHALA
- Terrains Du Siècle
- 29 Mai 2018
- 9782811119720
Des visages épuisés sur des canots en perdition. Des mains fébriles agrippant des gilets de sauvetage. Des corps lourds hissés sur des navires de secours. Nous sommes tous tombés un jour ou l'autre sur ces images de migrants repêchés à bout de force au coeur de la Méditerranée. Mais que savons-nous des circonstances qui les ont conduits à risquer leur vie en mer, des raisons de leurs départs, parfois des années plus tôt, et du déroulement de leur périple, entre mille difficultés ?
Les naufragés réunit les témoignages de plusieurs dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants originaires d'Afrique de l'Ouest, arrivés en Europe après la chute de Mouammar Kadhafi en Libye. Des confessions qui racontent les espoirs et les rêves d'une jeune génération victime de la misère, de la mal-gouvernance et de traditions oppressantes. Des récits qui révèlent les terribles pièges du chemin, entre policiers véreux et passeurs sans scrupule, mais aussi l'exceptionnelle résilience de ceux qui les ont surmontés.
Étienne Dubuis, journaliste au quotidien suisse Le Temps, est l'auteur de nombreux reportages dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Il a récolté les témoignages cités dans ce livre lors d'un long séjour en Sicile. -
Le corps de l'identité : transformations corporelles, genre et chirurgies sexuelles
Corinne Fortier
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 24 Février 2022
- 9782811129262
En dépassant le clivage établi entre nature et culture ainsi que les oppositions hiérarchiques entre rituels "barbares d'un autre âge" et actes médicaux ou chirurgicaux "civilisés et progressistes", ce livre a l'audace de mettre en perspective de façon inédite des formes de chirurgie sexuelles diverses comme celle de l'implant cochléaire pour les sourds, dans une approche comparée qui unit anthropologie, psychanalyse, études de genre et études visuelles.
Cette perspective comparatiste permet de dépasser le grand partage ethnocentrique entre " nous " et " les autres " afin de poser la question plus générale de l'aliénation du corps féminin, aliénation à laquelle de nombreux actes médicaux ressortant de la chirurgie esthétique ou réparatrice participent.
Comme le montre cet ouvrage, le corps n'est pas seulement marqueur d'une identité, notamment sexuée, mais possède un pouvoir transformateur dont l'expression de "transformation corporelle" rend compte. Dans la mesure où le corps agit sur l'identité, le concept de " corps-identité " signale le rôle fondamental que joue l'ordre du corporel. Si les rituels modifient le statut de la personne, il en est de même des chirurgies, attestant que le corps/identité est fondamentalement en devenir et non donné une fois pour toutes, le vieillissement, processus inéluctable, étant à cet égard paradigmatique des transformations corporelles. L'acte chirurgical, non dénué de souffrance, porte en soi l'avènement d'un renouveau, le geste même de couper qu'implique toute chirurgie renvoie fantasmatiquement à la perspective de rompre avec le cours de son existence afin de devenir " ce qu'on croit avoir toujours été et qu'on a toujours voulu être ". L'individu cherchant par la chirurgie à renaître et à se voir restituer son corps originel, on peut parler de " mélancolie du corps ", concept qui fait écho et subsume celui de " mélancolie du genre " employé par Judith Butler. -
Djibouti au XXIe siècle : Enjeux politiques et économiques contemporains dans un environnement troublé
Collectif, Aden Omar Abdillahi, Jean-Nicolas Bach
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 20 Juillet 2023
- 9782384090181
Réduire Djibouti à une invention coloniale n'est pas la piste empruntée et explorée dans cet ouvrage. Les contributions de ce livre rappellent plutôt à quel point cet État et cette nation relèvent de dynamiques endogènes, pour juguler les hostilités coloniales, régionales et environnementales. Le territoire et le peuplement de Djibouti sont en effet antérieurs à la période coloniale, bien que cette dernière ait profondément affecté sa trajectoire. Depuis la présence coloniale, jusqu'aux nouvelles dynamiques impériales contemporaines durant la Guerre froide, la guerre contre le terrorisme et jusqu'aux « nouvelles routes chinoises de la soie » (road and belt initiative), cet ouvrage revient sur les logiques d'appropriation, d'extraversion, d'opportunité et de survie de Djibouti.
Les évolutions globales de Djibouti jusqu'au début de ce XXIe siècle permettent de dégager trois grandes tendances : Djibouti à la croisée des empires depuis la période coloniale jusqu'à nos jours ; au coeur de l'insécurité internationale ; enfin, Djibouti face aux défis politiques et économiques contemporains.
Cet ouvrage, fruit d'une collaboration entre chercheurs djiboutiens et français, se donne pour objectif de revenir sur les dynamiques tant internes qu'externes connues par Djibouti depuis les années 2000. Cet ouvrage comble un vide dans la littérature sur Djibouti et offre un aperçu de l'évolution du pays durant les deux dernières décennies. Il a pour vocation de comprendre les étapes franchies et les progrès accomplis par le pays, analyser les insuffisances et les défis auxquels il fait face.
L'ouvrage est codirigé par Aden Omar Abdillahi (Centre d'étude et de recherche de Djibouti-CERD) et Jean-Nicolas Bach (associé Les Afriques dans le Monde, Sciences Po Bordeaux). Ont également participé à cet ouvrage : Obsieh Ali Djama, Jean-Pierre Cabestan, Clément Cayla-Giraudeau, Patrick Ferras, Florian Fontrier, Alain Gascon, Simon Imbert-Vier, Alexandre Lauret, Sonia Le Gouriellec, Thierry Pairault, Mohamed Omar Youssouf. -
"Penser les migrations contemporaines peut se révéler, de prime abord, comme impensable tant les phénomènes migratoires qu'on retrouve en Europe - et en France en particulier - s'avèrent éminemment multiples et variés. À l'heure où la circulation des marchandises devient de plus en plus aisée dans un monde où le capitalisme ne cesse de se globaliser, les mouvements des hommes et des femmes, paradoxalement, apparaissent de plus en plus difficiles. Ces déplacements se sont aussi extrêmement diversifiés depuis une vingtaine d'années et ce livre est là pour témoigner.
Cette contribution n'a pas la prétention de présenter au lecteur un état exhaustif des migrations actuelles car un seul ouvrage n'y suffirait pas. Pour autant, son objectif ambitionne d'appréhender les migrations contemporaines à partir d'un socle constituant un point de départ - celui des migrations maghrébines en France - pour présenter ensuite une multitude d'enquêtes de terrain très variées. Ces dernières - menées en France, en Europe, au Maghreb et même au-delà (Pérou) - constitueront une ossature solide pour permettre au lecteur de d'appréhender l'ensemble des phénomènes migratoires actuels.
Le lecteur découvrira tout au long de cet ouvrage nombre de personnes : étudiants, jeunes-femmes, personnes sans papiers, mineurs isolés. Ces dernières raconteront sans ambages leurs difficultés mais aussi leurs avancées pour s'insérer dans notre société contemporaine et arriver à mener une vie digne, après nombre d'épreuves quasi « initiatiques ». À travers leur histoire singulière, c'est bien l'histoire collective de la France qui est convoquée pour se recomposer et s'enrichir à la lumière de toutes ces migrations contemporaines.
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Les droits de la femme et de l'enfant ; réflexions africaines
Stéphanie Lagoutte, Nina Svaneberg
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés ; Histoire Géographie
- 15 Février 2011
- 9782811104740
Sur le continent africain comme ailleurs, les femmes et les enfants sont souvent les premières victimes des atteintes aux droits de l'homme. L'intérêt et la force de ce livre, réalisé sous l'égide de l'Institut danois des droits de l'homme (IDDH), sont d'en rendre compte en privilégiant une approche locale et concrète. Envisageant les difficultés rencontrées par des personnes vulnérables que les lois et les coutumes ne protègent pas suffisamment, les études rassemblées ici ont également l'avantage de prendre la mesure des évolutions à l'oeuvre en Afrique. Cet ouvrage se distingue aussi par sa diversité. Fruit du travail de onze chercheurs africains - pour l'essentiel des juristes ayant à coeur de privilégier une approche pluridisciplinaire -, il se penche sur les situations vécues dans huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Kenya, Niger, Malawi, Ouganda et Togo. À cette diversité géographique, parfois doublée d'une approche comparatiste, s'ajoute une grande variété de thèmes abordés (mariage, divorce, violences faites aux femmes, protection des mineurs délinquants, participation des femmes à la vie politique.) pour tenter de prendre toute la mesure du sujet. Diversité linguistique enfin, dans la mesure où le principe éditorial retenu a consisté à permettre à chaque auteur d'écrire dans sa langue universitaire de prédilection. Les contributions se répartissent ainsi de manière sensiblement égale entre l'anglais et le français.
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Images, combattants et martyrs ; la guerre Iran-Irak vue par le cinéma iranien
Agnès Devictor
- KARTHALA
- 10 Novembre 2015
- 9782811114206
Dernier grand conflit « classique » du XXe siècle, la guerre Iran-Irak (1980-1988) évoque pour les observateurs européens une guerre conventionnelle opposant deux États. Mais c'est aussi celle d'une fantasmagorie de l'islam combattant. Dès lors qu'en Iran une nouvelle catégorie de soldats, les volontaires islamistes, revendique sa vocation au martyre, cette guerre convoque un imaginaire de sacrifice porté par des représentations, notamment cinématographiques, où le martyre à la fois renforce et défie les logiques de mobilisation. Pour comprendre les enjeux historiques, politiques et idéologiques de cette guerre, mais aussi comment elle a été menée et vécue au quotidien par les combattants et les citoyens iraniens, Agnès Devictor analyse l'étonnante production de films de guerre tournés en Iran durant le conflit. Si une partie d'entre eux reste très influencée par le cinéma hollywoodien, en dépit de la Révolution de 1979 et de la condamnation de l'Amérique comme « Grand Satan », une autre cherche à élaborer un genre spécifique à l'Iran, en cohérence avec l'idéologie de la jeune République islamique et avec l'imaginaire shi'ite du martyre. Ainsi, des réalisateurs ont recours à de nouveaux codes narratifs et esthétiques pour raconter le conflit en se référant à la mythologie de la Bataille de Karbalâ, affrontant alors un des tabous les plus forts du cinéma de guerre : montrer la mort de ses propres forces combattantes durant un conflit. Et c'est au sein du cinéma documentaire, dans les films réalisés par les équipes de Mortezâ Âvini et suivant une ligne hautement idéologique, que des propositions très singulières ont lieu, porteuses d'une modernité cinématographique inattendue. Partant des films et s'appuyant sur un travail d'entretiens réalisé en Iran pendant près de dix ans avec ceux qui ont tourné, mis en scène ou produit ces films durant la guerre, cet ouvrage dévoile un pan inconnu du cinéma iranien, celui où créateurs d'images, combattants et martyrs partagèrent sur les champs de bataille le destin de l'Iran. Maître de conférences HDR à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Agnès Devictor est spécialiste du cinéma iranien. Après avoir publié Politique du cinéma iranien (CNRS Éditions, 2004), dirigé des ouvrages collectifs et publié de nombreux articles sur le sujet, elle travaille désormais davantage sur le matériel historique que représentent les films, et poursuit ses recherches en Iran et en Afghanistan.
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Socialisme kanak ; une expérience politique à Canala (Nouvelle-Calédonie)
Christine Demmer
- KARTHALA
- 4 Vents
- 19 Octobre 2016
- 9782811115739
À l'automne 1984, les indépendantistes kanak de Nouvelle-Calédonie se soulevèrent contre le gouvernement français pour reconquérir leur souveraineté. Après la mort du secrétaire général de l'Union Calédonienne, Éloi Machoro, l'un des leaders de la révolte, un nouveau statut vit le jour en 1985, découpant le territoire en quatre régions, dont trois gérées par des élus kanak. Ces derniers décidèrent alors d'utiliser ce nouveau cadre institutionnel pour préparer l'indépendance économique de leur pays. De nombreux microprojets de développement furent créés au sein des réserves et présentés comme les premières expériences concrètes de Kanaky. Un même mot d'ordre dominait : préserver une économie domestique encore prégnante, tout en intensifiant la production agricole. Cette option ruraliste se donnait pour triple tâche de maintenir un tissu social local, de trouver une manière nouvelle de cultiver sa terre et d'adapter la chefferie (le modèle politique kanak hiérarchisé) à la perspective d'un État-nation souverain.
Ce moment particulier du nationalisme kanak, couplant exigence économique et refonte des structures politiques segmentées et centralisées, généra une intense réflexion sur la définition de la société indépendante, résumée quelques années plus tôt par le concept de « socialisme kanak ». Dans les tribus d'Emma (Amââ) et Kayu (Kûöö), sur la commune de Canala, le lancement du Groupement d'intérêt économique Kèrèduru releva, pendant plus d'une décennie, le défi de construire l'indépendance kanak socialiste depuis les réserves. Ce livre explore cet aspect méconnu du nationalisme kanak en témoignant des transformations sociales des chefferies de l'époque. Au-delà du cas concret du GIE Kèrèduru, il analyse une dynamique sociale propre aux sociétés segmentées en marche vers la construction nationale.
Cet ouvrage interroge également ce que signifie être kanak aujourd'hui. À l'heure des grands projets miniers, d'autres conceptions de la coutume ont depuis émergé, qui revisitent la définition des chefferies et leur place dans le pays après l'accord de Nouméa (1998), à l'aune de références très éloignées des apports de la génération politique née dans les années 1980. Le projet d'inspiration marxiste étudié ici visait en effet à assujettir les chefferies et les clans à un modèle collectiviste et égalitaire. Cette expérience, aujourd'hui dépassée, rend compte de la plasticité des notions de socialisme kanak, d'identité kanak et des manières diverses d'envisager l'appartenance à ce peuple océanien. -
Cet ouvrage vise à rendre compte d'une réalité longtemps occultée et déniée au Maghreb. Il questionne l'expérience homosexuelle sous l'angle des sciences sociales et tente d'éclairer les vécus des hommes et des femmes, des gays et des lesbiennes, aussi bien en terre d'islam qu'en terre d'immigration.
À partir d'analyses théoriques et de nombreux témoignages, l'homosexualité au Maghreb se dévoile et, à travers elle, se décèlent les mécanismes de contrôle social des sexualités, la construction de l'hétérosexualité comme modèle hégémonique et la dévalorisation des sexualités différentes.
Le livre décrit des trajectoires et des styles de vie, des stratégies de contournement de la norme et de maîtrise du stigmate, des formes de mobilisation et d'engagement militants. Il révèle que l'homosexualité est plus qu'une pratique sexuelle dite atypique, vouée à la dissimulation et l'invisibilité. Au-delà de la réalité homosexuelle approchée en Tunisie, en Algérie et au Maroc, l'ouvrage éclaire les modes de gestion sociale de l'altérité dans des contextes sociopolitiques en mutation. -
Corps des femmes et espaces genrés arabo-musulmans
Collectif, Corinne Fortier, Safâa Monqid
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 3 Mai 2017
- 9782811118075
Les pays arabes ont récemment connu une série de ruptures politiques et d'évolutions sociales qui ont été l'objet de nombreuses analyses, et pourtant l'impact de ces changements sur les rapports de genre a peu été traité. Les dites « révolutions » ou « printemps arabe » en 2010- 2011, gagnent à être considérés comme des « révoltes » dans la mesure où elles n'ont pas abouti à des évolutions sociales majeures. Ce constat est particulièrement vrai dans le domaine des droits des femmes, et ce malgré une forte mobilisation de ces dernières, qui sera souvent suivie de violence. Ainsi, de symbole d'émancipation, la place Tahrîr est devenue le symbole de la violence de genre existant en Égypte.
C'est ce dont rend compte cet ouvrage qui explore plus généralement la place que les femmes occupent en contexte arabo-musulman, dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi qu'en contexte migratoire. L'approche ici développée est celle des sciences sociales, faisant essentiellement appel à l'anthropologie, à la sociologie, et au droit. Plusieurs axes liés au genre sont privilégiés : la mobilité et la spatialité, les luttes et les mobilisations féminines, les violences contre les femmes ainsi que leurs droits, la virginité et la sexualité, les nouvelles techniques liées à la procréation. Cet ouvrage questionne les changements sociaux au prisme du genre dans ces différents domaines. -
Réislamisations au Burkina Faso ; questions de genre et enjeux sociaux
Maud Saint-lary
- KARTHALA
- Religions Contemporaines
- 12 Juillet 2019
- 9782811118730
Depuis trente ans, l'Afrique de l'Ouest est le théâtre d'un renouveau islamique qui s'illustre par l'apparition de mouvements réformistes, d'ONG et d'associations se réclamant de l'islam. Le Burkina Faso ne fait pas exception à ce phénomène multiforme. En quelques décennies, le pays a vu émerger une panoplie de figures locales qui agissent au quotidien dans leur quartier sous la bannière de l'islam. Ce sont des marabouts, des militants d'association islamiques, mais aussi des jeunes ou des femmes qui autrefois n'avaient pas voix au chapitre. Ils diffusent leur conception du « vrai » islam et prennent position sur des enjeux sociétaux, comme les rapports homme/femme, la sexualité ou le mariage.
Ce livre explore le phénomène de réislamisation en portant une attention particulière aux pratiques et aux discours de ces militants. Quel rôle jouent-ils dans la régulation de la vie quotidienne ou dans le contrôle de la sexualité des croyants ? Comment leurs valeurs s'articulent-elles avec les politiques publiques dites de promotion féminine sur le mariage forcé et l'excision ? Comment les femmes participent-elles à ces dynamiques ? Autant de questions traitées grâce à des enquêtes ethnographiques conduites dans différents milieux islamiques entre 2008 et 2015 au Burkina Faso et principalement à Ouagadougou. -
La revanche des contextes : des mésaventures de l'ingénierie sociale, en Afrique et au-delà
Jean-pierre Olivier de sardan
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 22 Avril 2021
- 9782811123628
Pourquoi les projets de développement, les interventions des ONG ou les politiques publiques nationales sont-ils tous soumis à d'importants écarts entre ce qui était prévu et ce qui se passe effectivement ? Cet ouvrage apporte une réponse documentée à ce " problème des écarts ". Les politiques publiques standardisées, telles les politiques de développement omniprésentes en Afrique, méconnaissent les contextes dans lesquels elles sont mises en oeuvre.
Dans cette confrontation, les acteurs locaux jouent un rôle majeur. Les multiples stratégies de contournement des directives et protocoles officiels suivent des " normes pratiques " implicites ignorées des experts internationaux, mais que l'observation du terrain peut mettre en évidence. C'est un phénomène qui va au-delà du développement : tout se passe comme si l'Afrique révélait de façon paroxystique une revanche des contextes dont on peut trouver des exemples dans le monde entier.
Pour analyser ces processus, un dialogue est noué entre d'une part des données de terrain particulièrement riches, et d'autre part une vaste littérature en sciences sociales revisitée afin de mieux rendre compte des réalités observées. Le diagnostic est structuré autour de quelques concepts clés : modèles voyageurs, normes pratiques, modes de gouvernance et logiques sociales. Tout entier consacré à une démarche analytique rigoureuse, sans complaisance et sans polémique, il se termine néanmoins par une prise de risque face à la redoutable question " que faire ? ", en suggérant de mettre les normes pratiques au centre de toute intervention et de valoriser les " experts contextuels " aujourd'hui invisibles.
Ce livre constitue une contribution majeure à l'analyse des effets inattendus des politiques publiques. -
Éduquer en pays dominé (Afrique, Amériques, Europe)
Franck Collin, Jean Moomou, Caroline Seveno
- KARTHALA
- Apprentissages Karthala
- 9 Mars 2019
- 9782811125783
Cet ouvrage porte sur l'état actuel de l'éducation dans certains pays ayant autrefois connu la Traite esclavagiste entre l'Afrique, les Amériques et l'Europe. Qu'en est-il aujourd'hui, bien après les abolitions et les décolonisations, de cette conscience que les peuples ont acquise d'eux-mêmes, et des changements de regards et de sociétés qu'ils en attendaient ?
On doit constater que l'empreinte laissée par les anciens dominants reste durablement inscrite et conditionne encore nombre de préjugés tenaces, de falsifications ou de malentendus. Cela se lit dans les programmes scolaires, mais tout autant dans la vie quotidienne, dont les besoins ou les désirs sont « éduqués » par un ailleurs.
L'originalité de cet ouvrage, grâce à la diversité de ses contributeurs, est d'exposer des champs très différents dans lesquels s'induisent encore insidieusement des formes de domination. La plupart des contributeurs - historiens, littéraires, anthropologues, juristes, sociologues, géographes - sont eux-mêmes des témoins directs de ce qu'ils analysent, étant souvent confrontés à ces savoirs et modes de vie qui prétendent façonner leurs identités.
Toutefois, il existe aussi des formes de résistance culturelle efficaces qui constituent des alternatives aux situations actuelles, par la lecture d'une autre histoire, la réappropriation des langues coloniales par les peuples et les littératures, ainsi que par une reconnaissance juridique, bien que sans doute trop lente. -
Frontières en travail ; migrations, travail et fabrique des frontières dans le monde
Mustapha El Miri, Delphine Mercier, Michel Peraldi
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 16 Janvier 2020
- 9782811125981
Cet ouvrage rassemble des travaux qui analysent et décrivent ce qui arrive aujourd'hui aux frontières physiques de ces pays dont la proximité aux centres mondiaux du capitalisme réinvente le statut. De bords oubliés du monde, ces frontières désormais plantées sous les projecteurs des médias sont régulièrement montrées du doigt pour leur caractère crucial par les discours politiques.
Mexique-USA, Maroc-Europe, ces lieux frontières sont devenus centraux, par la conjonction d'un double processus à bien des égards paradoxal. Car d'un côté, avec le renforcement d'un ensemble de dispositifs de fermeture et de contrôle du passage et du franchissement, ces frontières se veulent mises en scène d'un processus de dramatisation et de criminalisation des parcours migratoires « subalternes », tandis que d'un autre côté, l'installation de lieux de production fait de la frontière l'un de ces « ateliers » industriels où se réinvente silencieusement une part cachée des cadres économiques et sociaux du capitalisme mondialisé. Confrontation qui se résume en un paradoxe, lorsque la frontière est « zone franche » infranchissable. -
Penser la ville africaine de demain dans le contexte de la mondialisation
Collectif, Pierre Diarra, Gaston Ogui cossi, Paulin Poucouta
- KARTHALA
- Chrétiens En Liberté
- 28 Août 2019
- 9782811126476
Après avoir compté, en 2010, le milliard d'habitants, l'Afrique pourrait atteindre les deux milliards en 2050. Les citadins africains sont désormais plus nombreux que les villageois. L'importance de l'exode rural entraîne des problèmes relatifs à l'environnement, à la gestion des déchets et des difficultés d'accès à l'eau potable et à l'énergie... Ces questions concernent les Africains mais aussi tous les habitants de notre planète. Différents auteurs, historiens, philosophes, anthropologues, théologiens et biblistes tentent d'y répondre en focalisant leur attention sur différents points : comment penser, construire et gérer la ville africaine de demain dans le contexte de la mondialisation ?
Pour fuir leurs misères, les paysans africains accourent vers les villes, lieux de brassage de populations d'origines et d'appartenances diverses, provoquant des échanges, mais aussi des conflits et des crimes. S'indigner et réfléchir, c'est déjà louable ; et après ? Quels rôles peuvent jouer les enseignants, les étudiants et les personnes ayant différentes responsabilités sociopolitiques ou religieuses ? Les chrétiens doivent-ils fuir la ville, se lamenter et accuser les mauvais gouvernants d'hier ou les responsables de l'esclavage et de la colonisation ? Ils peuvent, certes, relever certains défis, à la suite du Christ qui veut donner à tous la vie en abondance (Jn 10, 10). Pour les auteurs, il est urgent d'inciter le monde entier à bien cerner les problèmes et à les traiter sérieusement, aujourd'hui, sans attendre 2020 ou 2050. -
Jeunesse, exclusion et violence à Dakar
Oumar Cissé
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 21 Octobre 2021
- 9782811128814
La violence des jeunes est un attribut tenace de l'ambiance les grandes métropoles comme Dakar confrontées à la croissance des inégalités, à l'effritement des liens de solidarité et à la dislocation du tissu familial. Elle fait l'objet de ce livre qui présente les résultats d'une étude empirique approfondie de deux communes de la région de Dakar : HLM, une zone lotie du département de Dakar, et Médina Gounass, un territoire non aménagé de la ville de Guédiawaye.
Les contributions montrent l'absence de liens directs de cause à effet entre la violence des jeunes et leurs conditions socioéconomiques. Elles apportent des éclairages nouveaux sur les déterminants de l'exclusion et de la violence chez les jeunes et le rôle du mal aménagement de l'espace urbain dans l'exposition des populations à la violence.
Cet ouvrage analyse les stratégies déployées par les jeunes eux-mêmes pour prévenir et lutter contre leur exposition aux situations de violence ainsi que le poids du genre. À travers des études institutionnelles, il jette la lumière sur les politiques et stratégies publiques de prévention et de gestion de la violence, leurs performances, vides et manques et les mesures d'amélioration pérennes à adopter. Il met à la disposition des chercheurs et professionnels des données uniques et une analyse intégrée de la question de la violence en milieu urbain et périurbain sous ses divers attributs. Il est aussi un référent pour les décideurs, centraux comme locaux, dans la construction d'une gouvernance partagée et efficace de la sécurité urbaine. -
De la philosophie et des philosophes en Afrique noire
Mamoussé Diagne
- KARTHALA
- Hommes Et Sociétés
- 1 Septembre 2006
- 9782845867697
Ce livre propose une sorte de " refondation ".
En le lisant, on a l'impression que l'auteur dit que nous, Africains d'aujourd'hui, qui répugnons désormais aux interrogations sur la valeur de nos modes anciens de pensée, cherchons à nous installer dans le mode de pensée de l'Autre. Mieux encore, selon l'auteur, nous privilégions d'instinct les questions de méthode plutôt que les questions de fond : " [...] le problème n'est plus [...] : existe-t-il ou non une philosophie africaine - au sens d'une philosophie traditionnelle ? mais : quelle tâche ou ensemble de tâches, identifiables selon des critères à définir, se propose ici et maintenant, quelqu'un qui entreprend de philosopher dans et sur les sociétés africaines à travers leur expression multiforme ? " Mamoussé Diagne essaie de nous faire sentir une réalité qui demeure, au sens strict du terme, impensée.
Ce qu'il propose, c'est d'abord d'apprendre à discerner les chances non réalisées qui sommeillent dans les replis de l'oralité, à savoir " le rapport entre dramatisation et philosophie " et d'oser une sorte d'exode de la pensée devant cet " obstacle " qu'est la dramatisation. C'est peut-être là le vrai mérite de ce livre. Si je l'ai bien lu, j'ai l'impression qu'il veut nous inviter à préférer le questionnement véritable, l'interrogation philosophique au pugilat, il veut nous inviter à dépasser ce qui nous fait le plus de mal aujourd'hui, à nous Africains.
Il veut nous aider à sortir de ce que le journaliste franco-américain Stephen Smith, à la suite de Stanislas Adotévi, appelle dans son livre " Négrologie " pour que notre continent apprenne à penser, c'est-à-dire à ne jamais se satisfaire de ses traditions et soit capable d'en inventer d'autres et de nouvelles plus porteuses. Bonaventure Mvé-Ondo, docteur en philosophie, vice-recteur de l'OIF. -
La guerre en terre maya : communauté, violence et modernité au Guatemala
Yvon Le bot
- KARTHALA
- Hommes Et Societes
- 3 Mai 2000
- 9782865373697