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SENS ET TONKA
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Les mots apparurent. Ils se multiplièrent, crûrent, s'enflèrent.
Certains devinrent gênants pour les uns et/ou pour les autres, pas toujours d'accord sur le sens à leur donner, sur leurs usages et utilités. Ils remplirent le disque dur de l'existence, devinrent parfois étouffants.
Alors un Grand moralisateur décide d'en effacer certains, il créa, pour ce faire, l'effaceur.
La tâche n'est pas sans risque.
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Un des premiers grands textes sur les bonheurs et les abîmes de l'informatique.
Sans réelle mise en garde mais d'une parole toutefois prononcée, Yves Stourdzé nous avertit dès les premières pages que "...nous nous promenons aujourd'hui dans les ruines de notre avenir"... "où l'on rencontre d'un côté la miniaturisation, le micro-processeur et les manipulateurs enzymatiques; de l'autre la navette spatiale, la bombe à neutrons... où l'on voit que dans l'entre-deux, nous circulons à tâtons, pendant que s'élaborent des mémoires collectives, banques et bases de données, et que s'établissent les réseaux interconnectés dont les terminaux, comme autant de bouches avides, renouent avec le modèle ancien des voracités et des appétits...
Où l'on distingue partout des groupes qui s'agglomèrent, puis renouent avec un passé insolite, faisant leurs des passions transversales, des spécificités passagères et des stocks de signes orphelins_ où l'on saisit que reproduire signifie désormais créer directement des ruines, des débris, des éclats et des nuisantes... où l'on constate alors le mixage des temporalités, l'instabilité des corps... et où l'on se met à parcourir l'archéologie comme un thème de science-fiction..."
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" Nous sommes dans cette phase effervescente d'inversion des processus, où se constitue sur le désordre virtuel, une autre civilisation à laquelle nous appartenons déjà sans le savoir d'une façon organisée, bien que se fabriquent chaque jour sous nos yeux et avec notre silencieuse compétitivité, ses nouvelles idoles.
Ces êtres, nouvelles icônes, qui préemptent le champ médiatique, exclus par des institutions en déroutes, naviguent dans le scintillement de leur séduction : Reines dans nos coeurs de Monarchies dépassées, Prêtres dans nos âmes d'Eglises en perdition, Tribuns dans nos consciences d'Etats impuissants, Penseurs dans nos rêves d'Académies collapsées. " (L. S) L'avènement de la société de l'information et la mise en place explosive d'un monde virtuel, se présentent sous les hospices d'une rencontre entre la masse et la singularité.
Le seuil critique du harcèlement sémiotique - l'hypothèse de la singularité - le silence des majorités insondables - stratagème de la mise à mort du politique - média crash - critique de la pensée critique - la civilisation du virtuel de l'effervescence à l'évaporation.
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Jean Baudrillard ; utopie 68 et la fonction utopique
Jean-Louis Violeau
- SENS ET TONKA
- 1 Juin 2013
- 9782845342248
1. - Enfants des années 1980 et nostalgiques des années 1960, s'il fallait retenir trois événements qu'aurait permis Mai-68 et qui auraient réciproquement permis Mai-68, sans hésiter : la prise de parole, si bien restituée par Michel de Certeau pour tous ceux qui n'auront pas vécu Mai : les rencontres hors des temporalités atomisées de la vie quotidienne et le retour de l'Utopie.
Les humains ont la capacité de faire : ils font l'histoire. «Du possible, sinon j'étouffe ! », écrivaient Gilles Deleuze et Félix Guattari en reprenant Kierkegaard, dans un texte, «Mai-68 n'a pas eu lieu ». Mai-68 comme un «phénomène de voyance», voir autant l'intolérable que la possibilité de son dépassement : « le possible ne préexiste pas, il est créé par l'événement. C'est une question de vie.
L'événement crée une nouvelle existence. Il produit une nouvelle subjectivité. » Ce qui donne à l'Utopie sa force paradoxale, c'est le fait que les hommes s'attachent à leurs rêves et souhaitent en général leur réalisation. En ce sens, l'Utopie est essentiellement politique et le futur demeure traditionnellement l'horizon temporel de la critique. De fait, sans le contrepoint de l'Utopie, au nom de quoi, et pour quoi, critiquerions-nous?
2. - Baudrillard penseur de 68? Sans hésiter, probablement le sociologue qui sera le plus longtemps et le plus fréquemment revenu encore et encore sur les «événements». Un lien avec le rapport particulier qu'il entretenait avec la notion d'événement. Évident, mais pas seulement. Probablement aura-t-il depuis 68 toujours cherché à comprendre comment et pourquoi l'aliénation avait-elle changé de lieu.
Utopie ne s'écrit pas au futur, est le titre d'une affiche-article publiée par la revue éponyme. Pas au futur. Et pourquoi donc? Parce que l'on avait, d'une certaine manière, déjà fait son deuil du lendemain dans Utopie ? Depuis longtemps désormais, Jean Baudrillard, le premier, pense volontiers au surlendemain plutôt qu'au lendemain. Obsolescence générale, au-delà de la fin, mots-clés d'Utopie. Franchir le pas du lendemain répondrait-il à un surcroît de lucidité ?
Un franchissement plutôt qu'une résolution dialectique des contradictions, vers un au-delà de la barrière du temps, voir les choses d'après la fin. Une radicalisation de l'Utopie plutôt qu'un renouvellement de l'Utopie. Si l'Histoire tout à coup prenait fin, ou en tout cas abordait une extrémité stagnante, le sursaut serait-il envisageable ? Épuisement des fins, surabondance des moyens, absence de contradictions, social-mondialisation dépressive, « en-temps-réel », actualisation sans passé ni futur, performance permanente. Saturation ? Liquidation.
La réversion critique. Un seuil critique, un sursaut qui serait alors autre chose que de l'Histoire, une nouvelle filière d'événements, des événements hérétiques, subversions du jeu et de la règle du jeu plutôt que « révolutions », plus de discours de prévisibilité, de prospective, encore moins de vérité, pas d'échéance probable, un futur incertain, c'était ça la revue Utopie.
3. - CQFD? Regardez autour de vous le sans-futur, le non-critique, la disparition des songes, des rêves, de l'utopie, donc du politique.
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Cet ouvrage regroupe quatre conférences que Jean Baudrillard a données en 2005, peu avant sa mort. Elles sont inédites en Français.
« En tout état de cause, il faut reposer la question du «capital". Est-ce qu'il existe encore quelque chose comme le capital, et, si crise il y a, quelle est l'essence de cette crise ? Essayer de passer "through the looking glass", au-delà du miroir de la production.
Y a-t-il encore de l'exploitation ? Peut-on encore parler d'aliénation ?
Sommes-nous devenus les otages (non plus les esclaves, mais les otages) d'un marché mondial, sous le signe définitif de la mondialisation ? Mais peut-on encore parler de "marché" ? Et le capitalisme n'est-il pas arrivé au point de détruire ses propres conditions d'existence ? Le problème est celui de l'échange généralisé, dont le marché serait le lieu à la fois idéal et stratégique. C'est peut-être d'ailleurs la destination fatale du capital que d'aller au terme de l'échange - vers une consommation totale de la réalité. » « Le Système, parvenu à son point de réalisation intégrale, d'accomplissement définitif, puisque nulle négativité ne peut désormais le mettre en échec, est incapable désormais de se dépasser "vers le haut" (Aufhebung), et il entame un processus d'annulation de lui-même (Aufhebung encore, mais dans le sens de dissolution). »
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Pour une poignée d'électrons ; pouvoir et communication
Yves Stourdzé
- SENS ET TONKA
- 21 Mars 2016
- 9782845342569
« Où s'est-il ancré, le Nautilus sur lequel Yves Stourdzé nous avait embarqués, un soir de 1975, pour déchiffrer le monde en proie à la communication ? Capitaine Nemo a fait seul le passage et s'est arraisonné, mort sous la neige, dans quelque coin du cime tière Montparnasse. Poète amarré, il s'est débarqué en solitaire pour pénétrer dans le gouffre de la terre, nous laissant au bord, avec un jeu de cartes et nos mémoires pour retrouver les traces du parcours qui nous ramènera sans doute au lieu exact de sa disparition.
Abandonnant les douleurs et le corps, il a suivi la baleine blanche de son rêve et de sa révolte après avoir, sans doute, résolu l'énigme déposée dans cette dernière dédicace : « Peser sur le monde, peser sur les mots, peser sur soi ? » Il disait n'être qu'un petit atome dans le système du monde, mais il fallait entendre : qui pouvait faire bouger le monde et ravir le pouvoir. Juste l'endroit, juste le moment où énergie et signes se conjuguent, et c'est ainsi que le monde change. Puisqu'aussi bien c'est cela qui donnait sens et jouissance à la quête et à la conquête.
Nous avons tout de suite su qu'il s'agissait moins de rendre un dernier hommage que de continuer le voyage entamé avec cet homme pressé - savait-il qu'il avait si peu de temps ? - qu'était Yves Stourdzé. Nous nous sommes alors abri tés dans l'ombre de sa présence pour le relire, pour tout relire, essayant de dégager le cheminement terriblement obstiné d'une pensée qu'aucun obstacle ne rebutait, qui refaçonnait ses instru ments de réflexion et ses moyens d'agir au fur et à mesure qu'ils étaient mis en défaut. D'où un tracé complexe et pourtant si pur. » (Les éditeurs) Dans les textes de Pour une poignée d'électrons, abondamment nourris de son travail généalogique, Yves Stourdzé soutient que les termes qui constituent la communication « sont l'enregistrement de la langue, du temps, du corps ». Il montre que le pouvoir en France s'est toujours méfié de la communication directe entre les gens et qu'il a donc toujours privilégié les techniques de communication qu'il pouvait contrôler ou qui mettent en scène sa prédominance : le télégraphe Chappe et ses stations fortifiées, le réseau ferré en étoile, la presse plutôt que le téléphone, etc. De la même façon le pouvoir privilégie le lourd, le fortifié, la ligne Maginot plutôt que les chars. En France « se distinguent ses Grands Corps et ses Petits Vices, ses notables et ses employés, ses fantasmes et ses espoirs. Pêlemêle au gré d'une histoire de toile d'araignée technique : le marchand, le politique, l'ingénieur et le fonctionnaire. Et dans un tout petit coin obscur, le client ». C'est pourquoi il est nécessaire de « déréguler en profondeur la société française pour promouvoir l'innovation » et les « dérégulateurs » doivent « avoir sans cesse présents à l'esprit les visages des inventeurs qui, dans le domaine des communications, n'ont eu d'autres choix depuis deux siècles que de baisser les bras. Car un climat propice à l'innovation ne se crée pas d'un coup de baguette magique. Il faut créer les institutions et les stimulants qui offrent à l'inventivité les moyens de son expansion, voire les possibilités d'un recours ».
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Les esprits et les choses ; divers textes 1982-1986
Yves Stourdzé
- SENS ET TONKA
- Yves Stourdze
- 5 Octobre 2016
- 9782845342668
Treize textes qu'Yves Stourdzé a écrits dans di verses circonstances : études, professionnelles (préparation d'interventions, notes d'intention, notes de service) ou écriture plus personnelle. Il faut les lire en contrepoint d'autres textes dits plus maîtrisés - que nous avons par ailleurs publiés.
Ils sont, à nos yeux, l'expression radicale et la démons tration de la nécessaire non-séparation (essentielle) de la pensée et de l'action. En tant que tels ils sont une belle leçon de cohérence entre le vouloir et le pouvoir.
Ils témoignent, aussi, du possible d'être libre dans un espace-temps de contraintes.
Ils sont la preuve qu'une indépendance de l'écriture d'exigence imaginaire dans une structure institutionnelle, au service simplement du plus grand nombre, est possible.
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Que les croyances auxquelles nous tenons comme à la prunelle de nos yeux deviennent des « raisons de vivre », nul ne pourrait en douter. Et peu importe que celles-ci soient ou non des illusions. On peut considérer que les représentations que nous avons du monde, de la vie, de notre propre existence sont toutes des illusions, ce qui nous inciterait à penser que notre rapport à la réalité serait réglé par des constructions mentales constitutives de nos croyances. Mais savoir que nous vivons avec des illusions ne modifie en rien le pouvoir que nous leur accordons. Le désir d'illusion défie la réalité qui nous insupporte.
Ce livre présente une analyse des modalités d'émergence et de construction des illusions dans la vie quotidienne et dans l'imaginaire du devenir de notre corps. L'auteur tente de montrer aussi comment les modèles médiatiques d'interprétation de la société et du monde bouclent par anticipation le sens de ce qui advient.
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L'utopie et la ville ; après la crise, épisodiquement
Jean-Louis Violeau
- SENS ET TONKA
- 1 Août 2013
- 9782845342194
Être pleinement de son époque empêche de fixer son regard sur elle pour mieux la saisir. Le présent est devenu si envahissant... La crise que nous traversons ne s'accompagne paraît-il d'aucune alternative. Comment la raconter, cette crise ? Elle ne porte pas de nom. Instrument de gouvernance et de normalisation en même temps que principe dialectique, la crise cherche toujours à instaurer sa raison supérieure. On fait semblant d'adhérer au présent, mais une naïveté sincère et grave, une candeur extrêmement sérieuse a disparu. Et pourtant, au fond ça résiste encore un peu. Au vent de l'éventuel, l'Utopie reste un sentiment plus partagé qu'on ne pourrait le croire. Ainsi de tout ce lexique médiatique de l'altérité ou de l'alternative, d'un « autre monde» à la « politique autrement», en passant par une « autre Europe»... Les hommes font l'Histoire parce qu'ils ne cessent de se raconter des histoires face aux injures que le monde comme il va ne cesse de lancer à ce qui y a été rêvé.
Lorsque l'on dit fort communément qu'en matière d'urbanisme et d'architecture les choix ne sont pas l'effet d'une mode mais d'une politique, on oublie généralement de préciser que les choix politiques sont souvent influencés par la mode. Les crises capitalistes s'incarnent physiquement dans les espaces qu'elles produisent. Depuis la chute des utopies, l'architecture se développe, incertaine et contradictoire, dans toutes les directions.
Elle est éblouie par la lumière des projets produits à la chaîne par des starchitectes dessinant une ville globalement faite d'exceptions au point d'en devenir homogène. Et cette grande bousculade d'idées approximatives de dessiner une métropole froide gouvernée souterrainement par le chiffre et les statistiques.
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Le complot de l'art ; illusion et desillusion esthetique
Jean Baudrillard
- SENS ET TONKA
- 10 / Vingt
- 25 Février 2005
- 9782845340879
Cet ouvrage regroupe les éditions séparées antérieures : Illusion, désillusion esthétiques (1997) (épuisé) Le Complot de l'art (1996, puis 1997) (épuisé), Entrevues à propos du complot de l'art (1997) (épuisé). Ces deux derniers titres regroupés en 1999 sous le titre : Le Complot de l'art & entrevues à propos du "complot de l'art" (épuisé). En dehors des contenus de chaque titre, Jean Baudrillard ajoute le texte d'une entrevue qu'il a eu avec Sylvère Lotringer (professeur de littérature française à Colombia, New York), qui conclu pour Jean Baudrillard sa fameuse affaire du "complot" de l'art.
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Nous venons de Dakar, Sénégal, où nous nous préoccupons de l'errance des enfants, de l'errance de quelque 3000 enfants laissés à survivre dans les rues de Dakar, définitivement livrés à eux-mêmes.
La plupart d'entre eux sont issus des villes improvisées qui, dans les dernières décennies, n'ont pas cessé d'étendre leurs constructions précaires tout autour de la capitale. Les mauvais traitements, la violence, l'alcoolisme souvent, l'inceste quelquefois, déclenchent la fuite des enfants loin des cercles familiaux, mais la dégradation affective et morale des familles est elle-même directement conséquente de l'extrême pauvreté qui gangrène les ghettos de l'immigration rurale.
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La chute de la démocratie médiatico-parlementaire
Mehdi Belhaj-kacem
- SENS ET TONKA
- 18 Juin 2002
- 9782845340596
Le visage de Le Pen est bien sûr celui de la pourriture franchouillarde de toujours, et c'est dans le cadre d'un système politique bien précis et situé historiquement qu'il s'est implanté, jusqu'à la récente victoire.
Et cette victoire marque moins celle du fascisme à la française, que le paroxysme d'une logique politique qu'aucun des commentaires actuels ne veut voir en face. Le visage de Le Pen est aussi et surtout celui du type de " démocratie " qui est le notre : depuis dimanche, l'expression récurrente dans ma bouche est : démocratie médiatico-parlementaire. C'est elle qui a porté Le Pen où il est. C'est elle qui l'a voulu.
Elle l'a voulu pour se conforter elle-même.
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Alain Gauthier, essayiste, connu pour ses assez fines analyses (dans une continuité attentive et intelligente à la théorie inspirée par Gilles Deleuze) sur le comportement de ses contemporains, explore dans cet ouvrage le champ du souvenir et de l'histoire, du légué et de l'hérité, du su et de l'inventé. Les propos par trop généraux le laissant sur sa faim il construit son exposé (son discours) autour d'un dispositif qui part d'une base "réputée", le couple : Léon et Léone. Ils ont un enfant : Léonet. La femme, l'homme ont traversé des expériences, subi ou contrôlé des situations, répondu à des attentes, adhéré ou pas à des idées, des principes... Cette "richesse" (sic) ils la lèguent à leur fils qui à son tour "chargé" d'un passé comme d'un fagot (qu'il brûlera peut-être oe) parcourra les "mêmes" expériences - en définitive bien différentes, d'ailleurs, parce que les mécanismes du raconté et du fixé jouent autant que la pertinente évidence de la chose. Ce dispositif narratif pourrait n'être qu'un truc s'il n'était pas soutenu par une écriture et une langue très affirmées portant les
deux postures, la discursive (théorique) et la narrative (littéraire), à leur limite.
Cette "littérature théorique" (qui répond d'une part à la lassitude des
exposés vides de concept qui se la jouent pensée profonde et, d'autre part,
à l'inconsistance de littérateurs contemporains aux mots évanescents
assemblés à la va-vite) permet d'éclairer avec subtilité les coins obscurs de
"l'âme sociale" humaine.
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Hautaines, arrogantes, les organisations codifient, quadrillent, centralisent.
Du haut de leur puissance, elles dominent le corps social, y inscrivent leur logique et leur ordre. Elles sillonnent l'espace et le temps et ne laissent apparaître aucune zone ouverte où l'évasion soit encore possible.
Si nous ne détruisons pas les organisations, elles nous briseront définitivement.
Disloquer l'organisation, c'est briser les champs qu'elle innerve et nourrit, c'est inventer un temps et un espace autres, c'est dissoudre les formes de l'équivalence qui nous enserrent et nous emprisonnent, pulvériser le système de signes qui rend la vie monnayable sous forme de salaires et de marchandises, revendiquer un temps sans mode ni plein emploi. Aussi longtemps que subsistera la logique du sacrifice, l'organisation se renforcera ; elle s'écroulera comme un château de cartes, lorsque nous refuserons l'épargne de la jouissance au nom des objectifs planifiés ou des objets consommables. Y.S.
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Philosophe et sociologue, il consacra son attention et ses études à révéler l'importance de l'organisation dans l'économie et dans celle, émergente, des nouvelles technologies, notamment celles qui permettaient la disparition de l'asservissement des Hommes, amélioraient la qualité des produits, donc, en d'autres termes, sur tout ce qui peut améliorer la liberté et l'intelligence humaine.
Il a traversé l'histoire, et ses moments aigus, comme un météore.
Brève existence, donc, mais pas chômée : impliqué dans les mouvements étudiants, fortement engagé dans les événements de 1968, il n'économisait pas la tâche de l'étude, gros lecteur et goûteur de chemins inusités, il pratiqua assidument la lecture directe et complète des textes « originaux », découvrant ainsi une théorie et une politique « d'en dessous », ignorées ou niées.
Il mit la même importance à être, avec la même qualité et la même exigence intellectuelle, à la fois analyste et acteur de son temps, où l'analyse menait l'action et l'action formait, fabriquait l'analyse dans le pur domaine de l'abstraction projective.
Corrompant l'écriture théorique afin d'évoquer les conceptions les plus inouïes, il y a du Thomas More dans ses exposés.
Chantre de la « dérégularisation », qu'il estimait nécessaire dans le domaine des nouvelles technologies, il se l'appliqua dans le domaine politique. Il comprit très rapidement, et très radicalement, qu'il fallait donner une chance aux utopies qui ouvraient et à la réalisation des espoirs de liberté, à la disparition des contraintes (dont le travail aliénant), et à l'exploration d'étendues inconnues - qu'il sait inquiétantes mais inévitables.
Ce fut, bien armé d'un sérieux bagage théorique et politique, qu'assez naturellement il participa à ce que l'on appellera l'espoir ouvert par le premier septennat de François Mitterrand, il mit à profit la chance qui s'ouvrait devant lui. Il s'éteignit en même temps que l'espoir.
Il inventa un style d'expression dans différents niveaux d'expression : théorie, rapports, enseignements, articles - ce qui laissa parfois interdit.
Il inventa un mode de gouvernement dans un service d'État, suppression de la pyramide au profit de la nappe (ou réseau) surgissante.
Il a beaucoup séduit par une parole libre, par une pertinence brûlante et, aussi, par une alacrité de ses analyses, par la fermeté de ses engagements et par la puissance de son action - tout autant dans les domaines pratiques qu'intellectuels.
Ce livre n'est ni un hommage ni une commémoration, mais une volonté de plonger dans sa démarche, dans les analyses qu'elle produisit, impulsées par lui mais au-delà de lui, afin de nous demander si cela nous concerne encore et si elles peuvent être une source de réflexions débouchant sur de nouveaux projets, sur de nouvelles actions, sur une nouvelle généalogie du passé récent et de ses conséquences restées jusqu'à ces jours incomprises.
Yves Stourdzé laisse une oeuvre interrogative que nous n'avons pas (encore) épuisée. Il voulait l'ouverture à toutes les aventures humaines, eh bien ouvrons là !
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Jean Baudrillard a donné plus de mille interviewes. Très rodé à répondre aux circonstances, il s'était fabriqué un lexique lui permettant de faire passer ses idées sans les amoindrir. Ce qui lui fut très facile car il parlait comme il écrivait et écrivait comme il parlait, entre parole et écriture une de ses feuilles à rouler ne passait pas. Dans les entretiens, il se plaisait, avec une grande simplicité, et sans aucune complaisance, à, simplement, répondre - c'était bien évidemment une feinte, mais ça marchait, elle permettait d'augmenter la proximité entre la vie et les idées, entre la pensée et la pratique. L'on peut, au travers des entretiens choisis pour cet ouvrage, juger qu'il est certainement le théoricien le plus évident de la société contemporaine qui, comme il le disait avec une certaine ironies, n'a pas l'air, elle, de se comprendre.
Avec l'espoir qu'ils donneront l'envie de lire ses livres.
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Hôpital et modernité ; comprendre les nouvelles conditions de travail
Frédéric Spinhirny
- SENS ET TONKA
- 7 Juillet 2018
- 9782845342828
En détresse, sous pression, à bout de souffle, en crise: le diagnostic de l'hôpital public fait régulièrement l'actualité dans les médias. Les symptômes du malaise sont généralement décrits à travers le harcèlement, l'épuisement professionnel, la perte de sens, ou en termes de désengagement, d'absentéisme, de dépression voire de suicide. Les causes désignées sont multiples et souvent ambivalentes: logique du chiffre, concurrence, méthodes de gestion, lean management, mais aussi mandarinat du corps médical, hiérarchie excessive, bureaucratie, individualisme. L'enracinement dans les principes fondamentaux du service public ainsi que la multiplication des problématiques spécifiques au secteur de la santé, font des établissements de soin des lieux complexes à observer et a fortiori à interpréter. Institution républicaine mais également organisation innovante, l'hôpital public est avant tout le miroir des évolutions sociales et des métamorphoses contemporaines du travail. La difficulté de l'exercice est bien là car ce qui ne se conçoit pas bien, ne s'énonce pas clairement. Mettre des mots précis sur les nouveaux rapports sociaux reste un art délicat, ce qui laisse souvent une impression vague de mal-être, sans définition, ainsi qu'une impossibilité constitutive de trouver des remèdes efficaces. Par conséquent, tous les acteurs de l'hôpital interprètent ces phénomènes à leur avantage ou pour défendre une posture attendue. C'est toute l'ambition de cet essai, étayé par des textes de sciences humaines et des références managériales:
Ressaisir ce qui nous file entre les doigts, à chaque fois que nous cherchons les causes de nos difficultés et les solutions à nos malheurs. Pour enfin répondre au malaise.
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Vérité ou radicalité de l'architecture ? ; y a-t-il un pacte d'architecture ?
Jean Baudrillard
- SENS ET TONKA
- 1 Juin 2013
- 9782845342255
Baudrillard commence ainsi son texte : «Partons de l'espace, qui est quand même bien la scène primitive de l'architecture, et de la radicalité de l'espace, qui est le vide. Y a-t-il nécessité, et une possibilité de structurer, d'organiser cet espace autrement que par une extension horizontale et verticale - autrement dit : est-il possible d'inventer, face à la radicalité de l'espace, une vérité de l'architecture?
Est-ce que l'architecture s'épuise dans sa réalité, dans ses références, dans ses procédures, dans ses fonctions et ses techniques, ou est-ce qu'elle n'excède pas tout cela pour s'épuiser dans autre chose, qui serait sa propre fin, ou qui lui permettrait de passer au-delà de sa fin ? Est-ce que l'architecture existe encore audelà de sa vérité, dans une sorte de radicalité, de défi à l'espace (et non seulement de gestion de l'espace), de défi à cette société (et non pas seulement d'obéissance à ses contraintes et de miroir des institutions), de défi à la création architecturale elle-même, à l'architecte créateur ou à l'illusion de sa maîtrise ?
Voilà. Je [veux] cerner ce qu'il en est de l'illusion architecturale. » Dans ce texte aussi court que magistral la pensée baldrillardienne s'exprime avec majesté : le paradoxe, à savoir : poser l'essence brève et indiscutable de la chose sur laquelle son regard se pose, clore à un point de contention absolue la raison du raisonnement et, enfin libérer la liberté de pensée et d'action de la chose posée.
Rarement une pensée sur, ou à propos de l'architecture le fut avec cette acuité, sans doute inadmissible, avec une aussi jolie tendresse, car c'est là le paradoxe baldrillardien : aimer ce que l'on repousse, épouser le haï pour le contraindre à sa radicalité fervente et heuristique. Fin de toute dialectique.
En voici un bel exemple que je trouve dans l'annexe : «L'architecture ne peut se vouloir qu'une allégorie idéale de la cité, [...] c'est celle-ci qui s'empare de l'architecture malgré elle, et qui fait éventuellement [sic] de ses productions des monstres. [...] L'architecture ne construit plus, dans sa forme ambitieuse, que des monstres - en ce qu'ils ne témoignent pas de l'intégrité d'une ville, mais de sa désintégration, non de son organicité, mais de sa désorganisation. [...] Leur fonction [...] est celle d'un lieu d'expulsion, d'extradition, d'extase vide, de banquise spatiale. » L'observation juste relève d'une tendresse terrifiante, d'une mémoire acide, celles de la pensée radicale. H.T.
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Dans l'homme tout est bon ; homo homini porcus
Yannick Blanc
- SENS ET TONKA
- Orange
- 3 Septembre 2016
- 9782845342644
Cet ouvrage n'est pas trop long pour tant de bonheurs qu'il exalte sans limite éthique ou morale. Si bref pour démonter toutes nos vraies richesses.
Quels bonheurs ? Tous, surtout ceux que nous devons adopter pour y accéder, tous ceux qui nous obligent à ne plus être nous pour atteindre cet absolu : le bonheur éternel par la surconsumation de tous les objets que la Belle industrie des sciences et de techniques nous offre sans fin, toujours nouveaux, toujours plus beaux, plus performant, plus cocooneux.
Quelles richesses : le pillage poussé au-delà des limites.
Dormez, citoyens du Monde et de la Galaxie, les robots travaillent et veillent sur vous !
Que l'auteur, disciple des solutions définives à la Swift, puisse parvenir enfin dans une parousie radicale à nous rendre malheureusement définivement heureux.